Analyses Eugène Ekobo (crédit Clermont Foot 63)

Eugène Ekobo (crédit Clermont Foot 63)

Ces sportifs qui choisissent la franchise pour se reconvertir

, par Nicolas Monier

Certains sont connus du grand public, bien au-delà de leur carrière de joueurs. On pense ainsi à Sébastien Chabal ou Vincent Clerc. D’autres, moins sous les projecteurs, ont néanmoins parfaitement réussi la transition entre le haut-niveau sportif et leur nouvelle vie professionnelle. Souvent grâce à la franchise qui permet à ces profils de s’épanouir pleinement.

Un sportif professionnel a plusieurs vies mais une seule au haut niveau. “Un jour, vous serez tous des anciens joueurs de rugby”, explique Proval, le syndicat des joueurs de rugby professionnels français. Remplacez rugby par football, basket, handball, etc., et vous aurez une petite idée du nombre d’anciens sportifs confrontés soit au chômage dans le pire des cas soit à la nécessité de se reconvertir logiquement en fin de carrière. Certains d’entre eux optent d’ailleurs pour la franchise. Nous avons voulu savoir ce qui les motivait et ce qu’ils apportaient à leur équipe, à la fois comme franchisé mais également quelque fois comme franchiseur. Dans ce mécanisme de reconversion, les anciens sportifs viennent chercher avant tout un métier qu’ils ne connaissent pas. Quoi de mieux en ce sens que la franchise.

“On retrouve dans ces profils un même ADN commun qui existe également avec les militaires. À savoir, le mental, la rigueur l’engagement ou encore le dépassement de soi. Ce savoir-être ne se transmet pas contrairement au reste”, analyse Sylvain Bartolomeu, dirigeant associé du cabinet Franchise Management.

On peut ainsi aisément trouver les mêmes qualités chez un compétiteur sportif et chez un chef d’entreprise. Notamment la résistance au stress. “J’apporte à mes équipes un peu de sérénité. J’ai connu la pression sur le terrain. Je sais faire preuve de patience et de calme”, explique Eugène Ekobo, ancien footballeur et désormais franchisé Youpi Park. Un sentiment partagé par Maxime Baca, également footballeur à la retraite, aujourd’hui multi-franchisé au sein d’OVS, l’enseigne d’habillement italienne. “Mon rôle est de mettre de l’huile dans les rouages. Je me vois comme un capitaine d’équipe”, explique ce dernier avant d’ajouter : “On gagne ensemble, on perd ensemble. Et on apprend ensemble. À titre personnel, quand j’ai démarré cette nouvelle activité, je ne suis pas arrivé le torse bombé. Bien au contraire !”

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Le commerce sur le tard

Si certains ont mûrement préparé leur reconversion, ce n’est pas le cas de tous. Il n’y a pas de règle immuable. C’est le cas notamment de Mehdi Méniri : “Je ne maîtrisais jusque-là que le football. J’avais, un temps, démarré une formation d’entraîneur. Je l’ai arrêtée. Je ne me sentais pas non plus devenir agent de joueur. La franchise a été un nouveau point de départ pour moi. Quelle bouffée d’air frais !” Et l’ancien joueur de football professionnel et maintenant multi-franchisé chez Columbus Café (Metz et Nancy) de poursuivre : “Je ne pensais pas un jour travailler dans la restauration. Tout est arrivé par hasard. Grâce aux bonnes personnes. Sans cela, je n’en serais pas là aujourd’hui. Je ne regrette rien !” Une histoire de rencontre qui n’est pas sans rappeler celle de Laurent Seigne. L’ancien pilier droit de rugby devenu entraîneur au CA Brive puis à Gloucester en Angleterre a été nommé directeur de l’enseigne Flower Campings grâce à son écosystème sportif. Notamment par le biais d’Olivier Brousse, directeur général du groupe Saur depuis 2008 et également administrateur, à l’époque, du club de rugby briviste. “Le groupe Saur venait de reprendre l‘enseigne Flower Campings. Olivier Brousse cherchait à constituer une équipe pour piloter le projet. Avec Loïc Van der Linden, mon ancien partenaire de club [au CA Brive], nous avons immédiatement dit oui. Mais rien n’a été prémédité. Tout est venu presque naturellement”, confie Laurent Seigne. Même constat chez Sébastien Chabal. L’ancien rugbyman international désormais franchiseur via la marque de vêtements Ruckfield en sait quelque chose.

“Je suis arrivé là un peu par hasard. D’ailleurs, je ne me voyais pas devenir un jour commerçant mais la vie se construit au fil des rencontres”, avoue Laurent Seigne, ancien troisième ligne centre.

Une arrivée par hasard aux antipodes du parcours de Vincent Clerc. L’ancien rugbyman, figure emblématique du Stade Toulousain, a très tôt été sensibilisé au monde de la franchise. “Il y a 16 ans, parrain de la Maison de parents Ronald McDonald, j’ai rencontré un franchisé toulousain. Cela a été le déclic. Puis, au fil des actions menées par l’association, j’ai enrichi ma culture franchise. Et donc très logiquement, voilà trois ans, j’ai postulé pour rejoindre le groupe. Au terme d’une année et demie de formation, j’ai repris un premier restaurant McDonald’s dans le centre-ville de Toulouse.”

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Se fier aux règles de la franchise

Reste que tous s’accordent à dire que la franchise demeure un excellent tremplin pour la reconversion. Mais en connaissant ses limites. “Chez un ancien sportif de haut-niveau ou chez un franchisé, le respect du cadre et des règles du jeu est primordial”, note Sylvain Bartolomeu. Une analyse partagée par Sébastien Chabal. “Il faut être conscient de ses compétences mais également de ses limites. Il faut écouter les sachants car nous ne savons pas tout dans tous les domaines”, note l’ancien troisième ligne centre. Mehdi Méniri, multi-franchisé Columbus Café ne dit d’ailleurs pas autre chose. “Pour les enseignes, ces profils qui ne connaissent rien au commerce, comme le mien par exemple, sont une aubaine car les porteurs de projet ont moins d’idées arrêtées ou préconçues. Cela a été plus facile pour moi en tant que candidat car il n’y avait qu’à se fondre dans un modèle mille fois éprouvé.” De son côté, Maxime Baca, multi-franchisé OVS est tout aussi dithyrambique. “En tant que sportif en reconversion, la franchise présente tellement d’atouts. La transmission du savoir-faire permet d’avoir très vite les bonnes compétences dans un domaine que l’on ne maîtrise pas forcément.” On le voit, cette notion de groupe et d’entraide, souvent présente dans la franchise entre gérants, prime chez tous ces anciens sportifs. Chacun, à sa manière, recréé, comme dans une équipe, une communauté professionnelle. C’est le cas également de Vincent Clerc, désormais franchisé McDonald’s.

“En choisissant la franchise, je savais que je ne me retrouverai pas seul. Même si je suis mon propre patron et que j’ai ma façon d’animer mon restaurant, il existe une vraie communauté de franchisés McDonald’s en France qui peut apporter de l’entraide”, noteVincent Clerc, ancien ailier de rugby au sein du Stade Toulousain.

Sportifs opérationnels ou investisseurs

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Bien évidemment, tous n’adoptent pas le même comportement dans la conduite de leur activité. Vincent Clerc, tout jeune propriétaire de restaurant McDonald’s a encore, selon ses propres mots, beaucoup de choses à apprendre : “Je suis toujours dans l’opérationnel et j’aime ça ! J’apprends mon nouveau métier tous les jours. Je dois encore bien comprendre toutes les subtilités des différents services. Que cela soit le midi et le soir ou encore le week-end.” Même état d’esprit pour Eugène Ekobo, ancien footballeur et désormais franchisé Youpi Park. Avec ses trois salariés, il anime également son parc d’attractions d’intérieur et doit gérer quotidiennement parents impatients et ribambelle d’enfants. D’autres ont quitté la gestion quotidienne de leurs points de vente. C’est le cas de Mehdi Méniri, multi-franchisé Columbus Café à Metz et Nancy : “Aujourd’hui, avec l’ensemble de mes activités [il a aussi quatre établissements Yogurt Factory], j’ai moins de contact avec les équipes sur le terrain. Je vois plus mon rôle comme celui d’un entraîneur qui donne les grandes lignes de conduite. Je suis donc forcément moins dans l’opérationnel.”

 

Vincent Clerc

De joueur de rugby à franchisé McDonald’s

Vincent Clerc (crédit Stade Toulousain)

Crédit Stade Toulousain

Il était en à Orlando (États-Unis) en avril dernier à la dernière convention mondiale des franchisés McDonald’s. Le jeune retraité, ailier emblématique du Stade-Toulousain de 2002 à 2016, ne compte plus les titres sportifs. Mais depuis quelques années, il s’est lancé un nouveau challenge en devenant franchisé McDonald’s. Il a ainsi repris un premier restaurant, qui emploie 70 salariés, dans le centre-ville de Toulouse. “Dans la franchise, j’aime la multitude des profils qui compose un réseau. Ils peuvent être très différents mais tous apportent une plus-value intéressante à l’enseigne”, confie l’ancien international de rugby. Avant d’ouvrir d’autres restaurants, Vincent Clerc veut parfaitement connaître les ficelles du métier. “Les passerelles entre le monde de l’entreprise et celui du sport sont assez similaires. Les valeurs sont communes : l’adrénaline, le challenge, la motivation, la science de l’anticipation. C’est un peu comme dans un match”, conclut le jeune franchisé McDonald’s.

 

Joffrey Lauvergne

Basketteur professionnel, les yeux grands ouverts

Joffrey Lauvergne-Zalgiris-officieldelafranchiseÀ trente ans, le pivot de plus de 2m10 se voit encore bien cinq ans sur les parquets. Évoluant aujourd’hui, en Euroleague, dans le club lituanien Zalgiris Kaunas, le joueur a joué également dans les mythiques clubs NBA des Spurs et des Chicaco Bulls. “Si tout se passe bien, si je n’ai pas de pépin physique, je peux aisément poursuivre ma carrière sportive jusqu’à 35 ans. Mais je veux prendre les devants et commencer à penser à ma reconversion professionnelle”, explique Joffrey Lauvergne. Après avoir fait les investissements nécessaires qui lui permettront de mettre sa famille à l’abri, ce dernier cherche à préparer au mieux son retour en France lors de sa fin de carrière sur les parquets. “Une fois que le sport s’arrête, il est impératif de trouver de nouveaux projets. La franchise m’intéresse beaucoup. L’idée d’investir dans un modèle déjà éprouvé économiquement est très rassurant. D’autant que l’on acquiert également le savoir-faire mis à la disposition par le franchiseur”, poursuit l’ancien joueur du Partizan Belgrade.

 

Sébastien Chabal

De joueur de rugby à PDG de l’enseigne Ruckfield

sébastien-chabal-officieldelafranchiseSes surnoms ont fait sa légende : Caveman ou encore The French Beast comme les journalistes anglais l’ont appelé lors de son passage aux Sale Sharks de 2005 à 2009. Si ses placages sont légendaires, Sébastien Chabal est aussi depuis 2019 le PDG de l’enseigne de vêtements Ruckfield. Après avoir racheté la marque aux côtés du Crédit Agricole Alpes Développement, c’est donc désormais sur un autre terrain que l’ancien international montre ses nouvelles compétences. Ruckfield compte aujourd’hui 25 boutiques dont cinq en propre. Si en 2019, l’enseigne a généré un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros, elle devrait atteindre des revenus compris entre 13 et 14 millions d’euros sur l’exercice 2022. “En tant que franchiseur, j’attends des porteurs de projet qu’ils soient convaincus et passionnés”, explique Sébastien Chabal avant d’ajouter : “Mon rôle ici est d’apporter une vraie cohésion d’équipe. Au sein de cette enseigne, chacun peut s’exprimer pleinement et a son mot à dire. Il faut écouter et tirer le meilleur de chaque collaborateur ou franchisé. Ça, c’est le terrain qui me l’a appris.”

 

Eugène Ekobo

De footballeur à franchisé Youpi Park

 

Crédit Clermont Foot 63

Crédit Clermont Foot 63

Après une très belle carrière en ligue 2, notamment dans les clubs de Strasbourg, Châteauroux et encore Vannes où il participe, au Stade de France, à la finale de la coupe de la Ligue en 2009 contre les Girondins de Bordeaux, le joueur d’origine camerounaise s’installe en 2017 à Clermont-Ferrand. Recruté par le Clermont Foot, il participe à la montée de l’équipe en ligue 1. Il passera huit ans dans le club clermontois. “J’ai très tôt pensé à ma reconversion. Un temps, avec mon épouse, nous avons hésité à nous diriger vers une activité de crèche et de garde pour enfants. Il ne faut pas oublier que la retraite à 60 ans, cela n’existe pas pour les sportifs de haut-niveau”, explique Eugène Ekobo. Finalement, il optera pour Youpi Park, une franchise de parcs d’attractions intérieurs. Toujours à Clermont-Ferrand. “Je ne me voyais pas devenir éducateur sportif dans le milieu du football. J’avais envie d’un nouveau défi et d’être à mon propre compte. Je parviens désormais à trouver un équilibre entre ma vie personnelle et professionnelle. Je gère mon temps comme je l’entends”, poursuit le franchisé Youpi Park.

 

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Nicolas Monier
Journaliste


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