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Le marché de l’habillement en plein doute

, par Nicolas Monier

En 2022, le secteur n’aura pas réussi à rattraper les niveaux d’avant crise pandémique. Dans un contexte économique particulièrement tendu, les questions des coûts énergétiques ou encore de l’ILC seront scrutées à la loupe sur l’année en cours. D’autant, et c’est un fait nouveau, qu’une ouverture de magasin sur deux se fait aujourd’hui en propre, contre près de huit sur dix en 2005.

Les derniers chiffres publiés mardi 17 janvier 2023 par Panel Retail Int. pour l’Alliance du Commerce font état d’un repli de l’activité de 7 % par rapport à 2019. Une nouvelle fois, l’organisation professionnelle, au regard des différents confinements et fermetures administratives de 2020 et 2021, compare les performances des entreprises de l’année 2022 à celle de 2019, période pré-pandémique. À périmètre constant, le chiffre d’affaires en magasin a, sur 2022, enregistré un repli de 4 %. À noter toutefois que la restructuration des parcs de magasin et la disparition de certaines enseignes auront entraîné une baisse de 7 % du CA sur la même période. “Nous constatons que la mode homme a plutôt bien résisté. Ce qui n’est pas le cas de la chaussure de ville, hors sneakers, qui est aujourd’hui en grande difficulté. Si la mode premium s’en tire plutôt bien, le mass market souffre beaucoup”, analyse Emmanuel de Courcel, fondateur et CEO de Retail Int. En effet, la crise sanitaire aura transformé la manière dont les gens font du shopping. Si pendant cette période, les consommateurs auront privilégié les petites villes, on se rend bien compte que les moyennes et grandes agglomérations ont accusé le coup durant 2020 et 2021. Les centres commerciaux, aussi bien en périphérie (- 9 %) qu’en centre-ville (- 6 %), ne parviennent toujours pas à sortir la tête hors de l’eau sur la période 2019/2022. Quant aux commerces de centre-ville, ils parviennent à limiter la casse avec un repli de 4 % par rapport à 2019. En revanche, seuls les outlets tirent leur épingle du jeu avec une hausse d’activité de presque 10 %.

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En 2022, il semblerait que les emplacements numéros 1 aient retrouvé de l’élan. De plus, les touristes reviennent progressivement. Les zones touristiques ont ainsi regagné des couleurs, Paris en tête. “Si la capitale est toujours à -8 %, elle a rattrapé une partie de son retard”, poursuit Emmanuel de Courcel. En revanche, si avant Covid le secteur affichait 4 ouvertures pour 5 fermetures (sur 100 magasins), en 2022, le nombre d’ouvertures passe à 3 pour 9 fermetures (toujours sur 100 magasins). “En 2023, cela risque de continuer à aller dans ce sens notamment face aux risques de défaillances d’entreprises”, note Emmanuel de Courcel. Tout le monde a en tête l’accident industriel de Camaïeu et l’épée de Damoclès qui pèse aujourd’hui sur l’enseigne Go Sport. Dans ce contexte économique tendue, voici un chiffre intéressant à souligner : entre 2005 et 2009, huit ouvertures sur dix se faisaient en propre chez les enseignes. Désormais, ce n’est plus qu’une ouverture sur deux, le solde se répartissant entre l’affiliation et la franchise. “Il est clair que les enseignes ne peuvent plus mobiliser autant de capex qu’auparavant”, note Emmanuel de Courcel.

L’épineuse question de l’ILC

Un premier bilan des soldes, observé de mercredi 11 janvier à dimanche 15 janvier 2023, fait état d’une hausse du CA de 5 % et du trafic de 2 % par rapport à 2022. En revanche, ces chiffres plongent respectivement de -26 % et -35 % vs 2019. Souhaitant dédramatiser la situation, Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du Commerce, a rappelé, à l’occasion de la conférence de presse, que la tendance baissière du secteur couvait depuis près de 15 ans déjà. Avec la crise sanitaire, la filière cherche à refermer cette parenthèse pour revenir à des trends plus normaux. “En 2023, l’activité sera fragile et encore à haut risque. Notamment face à la hausse généralisée des coûts”, explique Yohann Petiot. Ce dernier rappelle d’ailleurs, que depuis la chute de l’euro face au dollar, les hausses des coûts ont augmenté de 13 % du fait de la rupture de parité entre les deux devises.

“Certaines enseignes ont vu leur facture d’électricité être multipliée par cinq et jusqu’à dix. Dans la plupart des cas, cela représente désormais 17 % de l’Ebitda des marques”, poursuit le directeur général de l’Alliance du Commerce.

Des hausses de prix contenues en 2022

Même état des lieux inquiétant concernant l’indice des loyers commerciaux (ILC). Les loyers ont ainsi augmenté de 9 % entre 2020 et 2023. “Le modèle économique est de plus en plus complexe face à une activité qui baisse et des loyers qui explosent. D’autant que nos adhérents, des ETI, ne sont pas concernés par les différentes aides gouvernementales”, note Yohann Petiot.

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L’Alliance du Commerce a également constaté une baisse des encours dans l’assurance-crédit de 20 % entre janvier et juillet 2022. Face à ce constat, Yohann Petiot a rappelé la nécessité d’un vrai dialogue avec l’exécutif :

“Les ETI sont malheureusement l’angle mort du gouvernement alors qu’elles représentent la moitié des effectifs du commerce”.

La question qui se pose reste à savoir comment la filière, dans un environnement ultra-concurrentiel, pourra résister en contenant l’inflation sans répercuter la hausse des coûts. En 2022, l’habillement a affiché une inflation de + 2,6 % contre + 2,9 % pour la chaussure. Alors que, rappelons-le, l’indice globale de l’inflation, selon l’Insee, a atteint + 5,9 % en 2022 et plus de + 13 % dans l’alimentaire.

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Nicolas Monier
Journaliste


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