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Financer sa franchise : il n’y a pas que les banques

, par Eve Mennesson

Si les établissements bancaires sont des partenaires incontournables de tout franchisé, d’autres acteurs peuvent vous aider à financer votre franchise pour la créer ou la développer. Crowdfunding, fonds d’investissement, prêt d’honneur, love money, courtier… Il est indispensable de frapper à toutes les portes pour trouver le financement le plus adapté à votre projet.

 
Article initialement publié en avril 2017, mis à jour en mars 2019.

 
Droits d’entrée, formation, exigences du franchiseur quant à l’aménagement du magasin… Se lancer en franchise offre de nombreux avantages mais coûte souvent plus cher que de créer une entreprise indépendante. Même une fois installés, les franchisés peuvent faire face à des frais : changement de l’identité visuelle de l’enseigne ou encore lancement d’un nouveau point de vente. En franchise, le sujet du financement est donc primordial, que ce soit en création ou en développement. Si les banques restent des partenaires incontournables, il existe d’autres méthodes de financement qui peuvent s’avérer intéressantes pour les franchisés et futurs franchisés. Petit tour d’horizon des différentes façons de financer une franchise.

 

Les banques : partenaires incontournables

Les banques sont généralement les premiers acteurs contactés par les franchisés en recherche de financement. Les établissements bancaires sont en effet des partenaires incontournables. “Ils connaissent le tissu local, offrent des facilités de caisse, accompagnent un développement à l’international… Le rôle d’accompagnateur du banquier est souvent sous-estimé”, juge Gaël Trelohan, chargé de programme financement fonds propres au Conseil Régional des Pays de la Loire, et ex-responsable de projets chez Initiative Île-de-France. Les banques sélectionnées suivent en effet le franchisé tout au long de la vie de son entreprise. D’autant plus que les taux pratiqués sont aujourd’hui extrêmement intéressants : les franchisés peuvent aisément accéder à un emprunt sur 7 ans à un taux aux alentours de 2 %.

“Il ne faut pas uniquement regarder le taux de l’emprunt mais l’ensemble des services associés : frais de dossier, commissions, frais de caution, assurance, etc. ”, avertit Éric Luc, directeur des relations extérieures et expert-comptable chez Fiducial. Christophe Bellet, président de Gagner en franchise, conseille quant à lui de s’informer sur ce qui est prévu en termes de caution et de nantissement. Car les banques exigent toujours une garantie, qui peut se faire sous forme de nantissement de fonds de commerce, de caution personnelle ou grâce à un organisme tiers (organisme de caution mutuelle, Bpifrance, associations telles que France Active, etc.). “Avoir recours à un organisme tiers permet d’éviter d’engager ses fonds personnels”, souligne Laurence Piganeau, responsable éditoriale Bpifrance Création (ex-AFE). Élément d’importance à avoir en tête : les banques exigent un apport personnel situé entre 30 et 40 %, voire parfois 50 %. Par ailleurs, elles ne financent pas l’ensemble des besoins d’un franchisé.

Bon à savoir, également : au-delà des établissements bancaires classiques, il existe des banques coopératives et solidaires, comme la Nef ou la Caisse solidaire, qui accordent elles aussi des prêts aux franchisés. “Cela peut être intéressant pour les franchisés qui agissent dans le secteur social et solidaire et qui n’ont pas réussi à obtenir de financements via le système bancaire classique”, informe Laurence Piganeau. Pour accorder leur financement, les établissements bancaires s’intéressent aussi bien au projet qu’à la femme ou l’homme qui le porte. “Nous aimons que la personne devant nous ait des qualités de manager, de commercial, qu’elle soit rigoureuse, énumère Christophe Humbert, responsable du pôle franchise au sein de LCL. Il est important qu’elle nous explique pourquoi elle a choisi cette enseigne, qu’elle donne du sens à son projet ”.

crowdfunding

 

Le crowdfunding : à envisager sérieusement

“Le besoin en fonds de roulement, les stocks, les droits d’entrée et les garanties bancaires, ont du mal à se faire financer. Il y a donc une solution complémentaire : le crowdfunding”, indique Nathalie Dubiez, fondatrice d’Aureabee. Il existe désormais plusieurs plates-formes de crowdfunding sur lesquelles les franchisés peuvent emprunter de l’argent. Le principe est simple : le projet est financé par des particuliers qui ont été convaincus par la présentation qui en a été faite sur la plate-forme. La somme empruntée se situe entre 10 000 et 500 000 euros, les montants pouvant varier d’une plate-forme à l’autre. L’emprunt se fait généralement sur une durée de 5 ans et à un taux entre 5 et 10 %. Ce qui peut en effet paraître élevé en ces temps de taux bas. “Mais il n’existe la plupart du temps pas de pénalités de remboursement anticipé. Cela permet donc de rembourser facilement si, par exemple, on obtient un prêt plus intéressant avec un établissement bancaire”, nuance Nathalie Dubiez. Par ailleurs, aucune garantie n’est exigée.

Le taux d’emprunt un peu élevé des plates-formes de crowdfunding ne doit en effet pas effrayer les franchisés. Elles offrent de nombreux avantages. Comme, nous l’avons évoqué, le financement des différents éléments que les banques traditionnelles refusent de financer. Ce qui peut être intéressant en phase de création mais aussi de développement. “Les banques ne financent pas l’embauche d’un nouveau salarié et très rarement des travaux de rénovation. Le crowdfunding peut encore être là une solution”, note Nathalie Dubiez.

Autre gros avantage du crowdfunding : la rapidité de réponse et de versement des fonds. “Les plates-formes réunissent les sommes nécessaires en moyenne sous 10 jours mais ces derniers temps cela se fait même en 24 heures”, s’exclame Nathalie Dubiez. Ce qui peut être très intéressant dans le cas où l’on doit obtenir un financement très rapidement.

Troisième point intéressant du crowdfunding  : la communication. La franchise est en effet présentée à des milliers de personnes via les plates-formes. Des personnes qui peuvent en parler à leur entourage, surtout lorsqu’ils sont financeurs du projet. Pour accepter de porter un projet de franchise, les plates-formes de crowdlending sont avant tout attentives à la qualité de l’enseigne. “À chaque fois que nous recevons un nouveau dossier, la première chose à laquelle nous faisons attention est la qualité de la tête de réseau, sa performance, son accompagnement, la performance des différentes entreprises du réseau… ”, pointe Nicolas de Feraudy, directeur du développement de la plate-forme Lendopolis.

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Les investisseurs : plus que du financement

Nous avons parlé du crowdfunding sous forme de crowdlending, c’est-à-dire de prêt. Le crowdfunding peut aussi être du crowdequity c’est-à-dire une entrée des investisseurs particuliers au capital de l’entreprise. Certaines plates-formes de crowdequity ont lancé des offres à destination des franchisés. Comme Tylia, qui propose aux membres d’un réseau de financer un nouveau franchisé. “L’objectif est d’apporter un financement additionnel pour compléter l’apport”, précise Nicolas Baboin, directeur business developpement de Tylia.

Le recours à des investisseurs ne se fait pas obligatoirement par l’intermédiaire d’une plate-forme de crowdequity. Le franchisé ou futur franchisé peut également faire appel à un fonds d’investissement. Si les fonds d’investissement classiques financent plutôt de gros projets, à plus d’un million d’euros, il en existe qui aident les petites entreprises  : Impact Partenaires, qui est sur le point de lancer un fonds destiné à dynamiser les commerces dans les banlieues difficiles, ou encore Garrigue, société de capital risque solidaire. “Il existe également des clubs d’investisseurs spécialisés dans la création d’entreprise comme Les Cigales”, complète Laurence Piganeau.

 

Crédit-bail : louer son matériel plutôt que l’acheter

Pour éviter d’ajouter du matériel coûteux à son plan de financement, le crédit-bail peut être une bonne solution. Son fonctionnement est simple : il s’agit d’un contrat de location avec un établissement financier assorti d’une option d’achat à échéance. En d’autres termes, le franchisé n’achète pas réellement son matériel mais le loue. “Même si l’organisme financier va analyser le dossier du franchiseur, il sera certainement moins exigeant”, avance Philippe Tougeron, directeur associé chez Soregor. Une solution à ne pas négliger, donc. Même s’il faut rester vigilant quant aux taux proposés.

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Love money : une aide à encadrer

Les donations sont exonérées d’impôts jusqu’à 31 865 euros : franchisés, n’hésitez donc pas à solliciter vos proches ! Cette pratique, couramment appelée “love money”, ne doit pas se faire sans réflexion. “La famille apporteuse doit être parfaitement consciente qu’elle ne sera remboursée qu’à très long terme”, met en garde Éric Luc. Il peut donc être intéressant d’encadrer un peu ces donations des proches. “Certaines sociétés, comme SparkUp, organisent la levée de love money”, rapporte Nathalie Dubiez.

 

Aides et prêts d’honneur : un petit coup de pouce

Le franchisé peut également avoir accès à certaines aides, en fonction de son projet et de son profil – comme l’Acre (aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise). Il est aussi conseillé aux franchiseurs de se rapprocher de réseaux tels que Initiative France ou Réseau Entreprendre. Initiative France, par exemple, peut accorder un prêt d’honneur à taux zéro. “Le prêt est fait à titre personnel au dirigeant et n’exige aucune garantie, précise Gaël Trelohan. Il n’y a aucune condition d’accès, la seule condition étant la viabilité du projet. Le montant de ce prêt est variable. En Île-de-France, il est en moyenne de 15 000 euros pour une création et peut aller jusqu’à 75 000 euros pour un projet de développement ”. Les régions accordent également parfois des prêts d’honneur. Il existe aussi des aides pour les femmes entrepreneures et pour les jeunes. Pour s’y retrouver parmi toutes les aides, deux sites sont à visiter : aides-entreprises.fr et les-aides.fr. L’Adie peut aussi être un partenaire précieux pour les micro-franchisés.

Enfin, il existe des aides sous forme de garantie. Comme celle que propose Bpifrance qui peut garantir jusqu’à 70 % un prêt bancaire pour une création de franchise. “Comme tout entrepreneur, les franchisés peuvent également bénéficier de l’offre de Bpifrance en tant que prêteur dont les conditions dépendent du projet et du montant ”, indique Martial Rozier, directeur ETI PME chez Bpifrance Assurance Export, et ex-directeur du financement de l’immatériel chez Bpifrance. Ces prêts à des conditions très avantageuses se font généralement en co-financement avec un organisme financier privé.

 
 

Eve Mennesson


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