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Que faire face aux difficultés financières de mon franchiseur ?

, par Camille Boulate

Durant son développement, votre enseigne peut être confrontée à des difficultés financières. Si cela peut être inquiétant, ne paniquez pas tout de suite et rapprochez-vous des autres franchisés pour appréhender cette période le plus sereinement possible.

Rejoindre une enseigne qui se développe en franchise est de nature à rassurer les candidats puisque, normalement, le concept a été éprouvé et le business model a fait ses preuves. Toutefois, il n’est pas rare que les réseaux soient confrontés à des difficultés financières. Surtout actuellement, face au Covid-19.

Mais qu’elles soient liées à la conjoncture économique, au marché sur lequel la marque évolue ou encore à l’arrivée de nouveaux acteurs dans ce secteur d’activité, ces difficultés financières ne sont pas forcément synonyme de liquidation judiciaire pour l’enseigne. Dans un premier temps, il n’y a donc pas forcément de quoi s’alarmer, surtout si votre point de vente fonctionne bien et que vos performances économiques sont bonnes.

“Souvent, les franchisés ne sont d’ailleurs pas tout de suite mis au courant des difficultés que le franchiseur peut rencontrer”, explique Caroline Morizot, fondatrice du cabinet CM Franchise et membre du Collège des experts de la Fédération de la franchise. Même si les conventions nationales ou les réunions régionales sont déployées pour vous informer sur la santé du réseau, il peut arriver en effet que vous ne soyez pas forcément au fait de la santé financière de votre tête de réseau.

“Le franchiseur ne peut pas cacher les choses bien longtemps. Très vite, s’il est en grande difficulté financière, en tant que franchisé, vous le ressentirez forcément car cela aura un impact sur l’accompagnement ou bien l’animation du réseau”, nuance Caroline Morizot.

Par ailleurs, si le réseau continue à se développer, les nouveaux franchisés ont forcément connaissance des résultats des deux derniers exercices. Ils peuvent donc tout à fait vous faire remonter que les performances de la tête de réseau ne sont pas optimales. “Ayez en tête également que le franchiseur doit normalement vous tenir informé de ses difficultés si jamais elles viennent à perdurer”, explique l’experte.

 

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Gardez la tête froide

Quand vous avez connaissance de cette mauvaise passe traversée par votre enseigne, ne paniquez pas et gardez la tête froide. Cela ne veut pas dire que vous allez mettre la clé sous la porte.

“Il ne faut pas oublier que les franchisés sont des entités juridiques et financières indépendantes de la tête de réseau. Ce n’est pas parce que le franchiseur traverse une période difficile que le franchisé est en mauvaise posture”, insiste Caroline Morizot.

our l’experte, il peut d’ailleurs avoir plusieurs explications aux difficultés financières rencontrées par votre enseigne. “Il suffit d’une mauvaise gestion de la part de la tête de réseau ou alors une mauvaise anticipation des évolutions de consommation”, souligne-t-elle.

Autant de raisons qui peuvent conduire, sur le long terme, à la mise en redressement judiciaire d’une enseigne. Une situation rencontrée récemment par Speed Burger. En effet, début février, le réseau de restauration rapide a annoncé rencontrer des problèmes de trésorerie qui l’empêchent de poursuivre sereinement son activité. Pour justifier cette décision, le fondateur de la marque a notamment évoqué un marché concurrencé depuis plusieurs années par les services de livraison à vélo. Mais ce n’est pas le cœur du problème selon l’enseigne qui explique en effet avoir anticipé et investi dans des outils informatiques, dès 2017. L’objectif ? Mettre en place un site e-commerce et une application mobile plus performants permettant de faire face à cette concurrence.

Un investissement important qui s’est, au final, révélé désastreux.

La première société à qui nous avons fait appel nous a coûté très cher et l’outil n’a jamais fonctionné ! Nous avons donc dû trouver un autre prestataire pour recommencer le travail en engageant des dépenses importantes qui ont fragilisé la trésorerie”, détaille ainsi Bruno Bourrigault, dans un communiqué de presse.

L’enseigne assure que l’ensemble des franchisés du réseau ont été prévenus en amont et que ces derniers “conservent pour le moment toute leur confiance” dans leur franchiseur.

 

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Préservez vos équipes

En effet, avant de vous précipiter et de vous inquiéter, laissez-vous le temps d’observer quelles actions seront mises en place pour sortir de cette période de crise. Car une mauvaise passe peut toujours arriver, le tout est de savoir comment votre tête de réseau va l’appréhender. Évitez également de prévenir vos équipes. Vous risquez de les alarmer et de les perturber ce qui n’est pas bon pour votre activité, d’autant plus si votre chiffre d’affaires est bon et que la clientèle est satisfaite.

“Cela fait partie des informations qu’il ne faut pas forcément communiquer, insiste Caroline Morizot. Il est vraiment conseillé de préserver vos salariés. Apprenez à ne pas tout dire, même si ce n’est pas facile.”

Il est toutefois compréhensible qu’en tant que franchisé vous souhaitiez savoir comment va évoluer le concept et surtout ce que compte faire votre tête de réseau pour sortir de cette période difficile. N’hésitez pas à poser toutes les questions nécessaires, notamment par l’intermédiaire des animateurs ou des réunions régionales si elles ont toujours lieu. Autre conseil : rapprochez-vous des autres franchisés et réunissez-vous sous forme d’association afin de proposer des solutions. Ensemble, vous aurez forcément plus de poids en cas de litige.

Enfin, si l’enseigne est en redressement judiciaire, il n’est pas exclu que celle-ci soit rachetée par un nouvel acquéreur ou alors qu’elle finisse en liquidation judiciaire. Dans un cas comme dans l’autre, analysez bien ce que stipule votre contrat. En effet, une clause de substitution doit y figurer précisant ce qui est prévu en cas de défaillance du franchiseur.

“Cela doit normalement faciliter les sorties du réseau, soit pour devenir indépendant soit pour rejoindre une autre enseigne”, précise Caroline Morizot.

 

 

Camille Boulate

Camille Boulate


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