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Centres commerciaux : « La restauration, les services et les loisirs vont devenir l’ossature du modèle »

Avec 63 % des Français qui fréquentent un centre commercial au moins une fois par mois et 70 % qui estiment que ces lieux ont su évoluer, les galeries commerciales renouvellent continuellement leurs moteurs d’attractivité. Restauration, loisirs, sport et services gagnent du terrain, tandis que les enseignes adaptent leurs formats. Décryptage de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, et d'Éric Robert, directeur commercial France de Carmila.

63 % des Français fréquentent un centre commercial au moins une fois par mois, dont 36 % chaque semaine. Et 70 % estiment que ces lieux ont su évoluer avec leur temps, selon une étude Ifop réalisée avec Carmila et publiée en juin 2026.

Pour Jérôme Fourquet, co-auteur du rapport de l’Ifop, ces chiffres invitent à dépasser l’image parfois vieillissante des centres commerciaux. « On nous parle d’un cocon familier dans lequel certains ont des souvenirs d’enfance ou de famille. On nous parle aussi d’une parenthèse rassurante, déconnectée, en dehors des aléas de la vie. C’est un endroit où le cerveau se met un peu sur pause et où l’on peut se déconnecter », explique-t-il.

Cette fréquentation repose aussi sur des facteurs très concrets. Dans l’étude, 46 % des visiteurs mensuels citent la possibilité de tout trouver au même endroit parmi les raisons de leur venue, et 38 % mentionnent les prix compétitifs. « La notion de pouvoir d’achat est extrêmement importante, c’est l’une des préoccupations majeures des Français. On peut citer l’exemple d’Action, l’enseigne préférée des Français, classée numéro un depuis plusieurs années, alors qu’elle n’est présente en France que depuis une dizaine d’années », souligne Éric Robert, directeur commercial France de Carmila.

Il observe une demande croissante pour des offres accessibles, notamment dans la restauration, mais aussi pour des produits du quotidien à prix abordable. « Des enseignes comme O’Tacos permettent, par exemple, de prendre un repas complet pour moins de 10 euros. On retrouve cette logique dans l’univers de la beauté et du parfum, avec une enseigne comme Adopt », détaille-t-il.

La restauration est en effet une offre essentielle du centre commercial moderne. « C’est une vraie tendance de fond. Les clients recherchent une diversification et un renouvellement de l’offre, toujours avec cette notion de pouvoir d’achat. On parle beaucoup de cuisine du monde aujourd’hui. Certains concepts peuvent faire 800 à 1 000 couverts par jour », avance Éric Robert.

Loisirs, magasins XXL et boutiques éphémères

Les centres commerciaux élargissent également leur offre au-delà des achats. Jeux pour enfants, laser game, bowling ou expériences immersives peuvent devenir des motifs de visite à part entière. Pour les exploitants, ces activités représentent un moyen d’attirer des visiteurs qui ne seraient pas nécessairement venus pour faire du shopping.

« Nous nous sommes aperçus, avec le succès de l’ouverture de Speed Park et de Fort Boyard à Rennes-Cesson, que la fréquentation du centre commercial avait progressé de plus de 15 %. Et tous les acteurs de la restauration ont constaté, dès le lendemain de l’ouverture, une augmentation de leur chiffre d’affaires, qui dépassait 10 % pour certains », affirme Éric Robert. Selon les chiffres communiqués par Carmila, plus de 50 000 personnes auraient fréquenté ces deux espaces au cours de leurs trois premiers mois d’ouverture.

Speed Park à Rennes-Cesson.

Crédits : Carmila.

La transformation passe aussi par les formats commerciaux. Certaines enseignes agrandissent leurs surfaces et renouvellent leur concept pour proposer une expérience d’achat plus immersive. « Les enseignes leaders et puissantes dans leur secteur d’activité ont rénové leur concept, se sont davantage digitalisées et ont surtout changé de format. […] Nous avons par exemple un magasin Zara, à Toulouse-Labège, qui est passé de 1 600 à 3 000 m², sur deux étages, avec son tout dernier concept. Il y a un parcours client complètement ludique, attractif ». Un agrandissement qui a déjà attiré plusieurs milliers de clients supplémentaires, selon le groupe.

À l’autre extrémité, les boutiques éphémères permettent de renouveler rapidement l’offre et de tester des concepts. Chez Carmila, les occupations temporaires peuvent aller de quelques semaines à plusieurs mois, voire jusqu’à trois ans. Certaines opérations reposent sur une durée très courte et un effet d’événement. « Premièrement, ils veulent créer de la rareté. Deuxièmement, ils anticipent leur venue sur le site grâce à une stratégie de communication digitale très forte. Ils créent également un motif de curiosité au sein même de la galerie : l’ouverture est tardive, ils ont théâtralisé l’entrée et vous avez 30, 40, 50, voire 80 personnes qui attendent », raconte Éric Robert.

Les concepts concernés sont variés : pop-up autour de la K-pop et des mangas, déstockage de produits de sport, ventes de plantes ou opérations de collection, comme les échanges de vignettes Panini et de cartes Pokémon. « Nous travaillons de façon très forte et très appuyée sur la communauté des adolescents et des jeunes générations, qui n’avaient peut-être pas autant l’habitude de fréquenter les centres commerciaux. » Certaines opérations sont particulièrement plébiscitées, à l’instar du pop-up Takara, porté par Bigflo et Oli, installé depuis septembre à Toulouse-Labège et prolongé jusqu’à la fin décembre.

Pop-up Takara, porté par Bigflo et Oli, installé depuis septembre à Toulouse-Labège et prolongé jusqu’à la fin décembre.

Crédits : Carmila.

Enfin, les services constituent un autre volet de cette diversification. Au centre commercial Carrefour Aix-La Pioline (13) par exemple, Silver Alliance et Oui Care ont ouvert le 1er octobre 2026 un concept-store de 130 m² consacré à l’autonomie des seniors : « Les seniors représentent une clientèle très importante et très intéressante, explique Éric Robert. Ils disposent d’un certain pouvoir d’achat et continuent à consommer, dans des proportions comparables à celles que l’on connaissait par le passé. Nous nous adressons à eux avec des offres spécifiques. »

Plus largement, les centres commerciaux peuvent accueillir des services de santé, comme des pharmacies, des centres dentaires ou des cabinets médicaux, qui répondent à des besoins du quotidien et peuvent favoriser une fréquentation moins occasionnelle. « Historiquement, le centre commercial est un espace de consommation, mais aujourd’hui, on y fait bien d’autres choses, analyse Jérôme Fourquet. Il accueille des activités récréatives, mais peut aussi donner une vitrine à la vie associative, avec des collectes pour les Restos du Cœur ou des dons du sang. Ces événements animent l’espace commercial et le territoire. C’est aussi un lieu où les parents acceptent que leurs adolescents se retrouvent, parce qu’il est perçu comme plus sécurisant que le centre-ville ou certains quartiers. »

Quel modèle pour les centres de demain ?

Ces évolutions ne signifient pas que les boutiques traditionnelles vont disparaître. Éric Robert insiste au contraire sur la coexistence de formats et de secteurs d’activité différents, des grandes surfaces de vente aux petits espaces, en passant par les services. « Nous aurons toujours des offres multi-usages, multiactivités et multiformats, parce que c’est aussi l’une des forces de Carmila : proposer des espaces de très grande taille comme de petite taille. […] En matière de shopping, nous aurons toujours les fondamentaux de l’équipement de la personne et de l’équipement de la maison. La santé, qui est une préoccupation de tous, occupera aussi une place importante. »

Le directeur commercial identifie également le sport comme un axe de développement, tout en reconnaissant que l’offre reste encore en retrait. Carmila cherche notamment à renforcer la présence des salles de fitness dans ses centres, avec ON AIR à Amiens et Fitness Park parmi ses partenaires. D’autres ouvertures témoignent de la diversification des activités : Aroma-Zone, positionné sur les produits naturels et le bien-être, s’est implanté au centre commercial BAB2 (64), tandis que des enseignes comme Animalis et Maxi Zoo renforcent l’offre dédiée aux animaux. Dans les accessoires et les cadeaux, Legami s’est également installé à BAB2, à Cité Europe (62) et à Thionville (57).

La restauration reste un autre axe de développement. Le groupe a réalisé un partenariat avec QSRP, qui regroupe notamment Chopstix, G La Dalle, O’Tacos et Dunkin’. Sa projection pour les prochaines années tient en une formule : « Je pense que la restauration prendra une part importante, avec les services et les loisirs comme ossature. »

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