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Crise : comment gérer sa trésorerie ?

, par Mathilde Seifert

Même si l’activité économique reprend petit à petit depuis le déconfinement, il est important de rester vigilant. Des aides ont été débloquées pour pallier le manque d’activité. Bien souvent, il ne s’agit que de reports ou des prêts impliquant un remboursement. Voici quelques conseils pour rester à flots.

La crise sanitaire, aussi inédite soit-elle, demande aux entreprises de répondre à des défis immédiats comme la gestion de leur trésorerie. Selon les activités exercées ou encore l’ancienneté de la structure, les conséquences ont pu être très variables. En effet, lorsqu’il s’agit d’une activité de services, les enjeux ne sont pas les mêmes que pour un commerce, qui a de nombreux aspects à gérer (loyers, stocks, etc.) Aussi, les franchises étant installées depuis un certain temps ont pu souvent s’appuyer sur une trésorerie solide pour subvenir aux frais incompressibles. Dans les autres situations, beaucoup de choses ont été mises en place comme par exemple le report des loyers ou des remboursements bancaires mais également le chômage partiel. Les entreprises les plus fragiles ont pu faire appel au prêt garanti par l’État (PGE). Ce dispositif exceptionnel de garanties a permis de soutenir le financement bancaire des chefs d’entreprise à hauteur de 300 milliards d’euros jusqu’au 31 décembre 2020 quelles que soient leur taille et leur forme juridique. “Le plus dangereux est de penser qu’une fois que le PGE a été versé, il n’y a plus de problèmes. La mauvaise gestion de ces derniers peut avoir de véritables répercussions”, explique Caroline Morizot, fondatrice et dirigeante du cabinet CM Franchise. Toutes ces actions peuvent soulager certaines activités et aider aux réouvertures.

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Solutions de court terme

En revanche, il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas de solutions à long terme. En effet, ces reports ou prêts impliquent un remboursement. Les frais seront donc bel et bien à payer. C’est pourquoi il est important de ne pas se relâcher et de gérer sa trésorerie d’une main de maître. “Pour les structures où cette dernière était parfaitement gérée jusqu’alors il faut rester sur les bons rails. Pour celles qui rencontraient quelques difficultés, c’est le moment idéal pour prendre un nouveau départ en remettant les compteurs à zéro”, conseille Caroline Morizot. Tous les secteurs n’ont tout de même pas été logés à la même enseigne. Pour ceux où la crise sanitaire a eu un impact sur l’activité il est impératif de revoir son prévisionnel. “Avant toute chose, il convient de faire un point pour mesurer les éventuelles pertes causées par la crise du Covid-19 et valider que vous avez une trésorerie suffisante pour poursuivre votre activité et rembourser votre éventuel PGE si vous l’avez sollicité. Ne pas oublier de prendre en considération les éventuels reports d’échéances demandées pendant la période de confinement. Si vous n’avez pas clôturé vos comptes annuels, n’hésitez pas à demander une situation à votre expert-comptable afin d’avoir une vision réaliste de votre nouvelle situation de départ avant de vous lancer dans la réalisation d’un nouveau prévisionnel”, détaille Virginie Sablé, responsable développement franchise et réseaux chez KPMG.

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Impact des mesures barrières

Par la suite dans vos nouvelles prévisions, n’oubliez pas de prendre en compte les éléments comme les dépenses complémentaires générées par la mise en place des mesures barrières mais également les éventuelles économies. Par exemple, la mise en place de l’activité partielle, l’optimisation de certains contrats, le plan d’économies que vous aurez peut-être envisagé pour compenser votre perte de chiffre d’affaires… Vu le contexte, l’experte ajoute que “l’idéal est de faire une projection de chiffre d’affaires avec différents scénario en tenant compte de rythmes de reprises différents (crise courte, durée moyenne, crise profonde)”. Ce type d’exercice, en partant sur des hypothèses optimistes et pessimistes, permet par la suite de réagir plus sereinement par rapport à l’évolution des événements. La crise sanitaire a impacté irrémédiablement le pouvoir d’achat des Français. Plus réticents, ces derniers ont des priorités différentes et ont dû faire certains arbitrages dans leur consommation.

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Rassurer et convaincre

Malgré ce constat, la consommation reprend et les enseignes doivent être en mesure de s’en saisir pour rassurer et convaincre les clients. “Parfois les aides pour les petits commerces ne sont pas suffisantes. Ces derniers ont pu subir de  grosses pertes au niveau de l’approvisionnement lorsqu’il s’agit de biens périssables. C’est pourquoi la problématique de cette crise est essentiellement financière”, rappelle Caroline Morizot. Ainsi, s’occuper consciencieusement de sa trésorerie est indispensable. Durant ces mois où l’activité était au point mort, les levées de charges ont été instaurées. “Cela a pu permettre pour certaines entreprises de capitaliser de manière indirecte”. Dans cette situation-là, une fois encore il ne faut pas s’imaginer que tout est gagné et que le plus dur est derrière vous. Cette petite somme constituée peut fondre comme neige au soleil. Il peut être alors plus raisonnable de se faire accompagner par un expert-comptable. “Il faut être bien conscient de ce qu’on avait avant la crise, de ce que l’on n’avait pas à payer comme charges mensuelles et de celles qui se révèlent incompressibles. Faire un point très clair est essentiel afin de mettre les bonnes sommes dans chaque case. Ainsi, vous pourrez avoir une vision claire sur ce qu’il va falloir rembourser, quelles actions il sera pertinent de mettre en place pour que le chiffre d’affaires reparte à la hausse”, détaille la dirigeante du cabinet CM Franchise. Après une longue période d’inactivité, il y a toute une partie qu’il va falloir redémarrer.

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Optimiser le pilotage

Le nouveau prévisionnel doit être mis à jour en tenant compte des conséquences passées et futures. “Le prévisionnel et la fixation d’objectifs doivent évidemment être corrélés afin que l’ensemble soit cohérent. Quoi qu’il arrive, il convient de se fixer des objectifs réalistes en tenant compte des nouveaux paramètres liés à la crise sanitaire”, explique Virginie Sablé. Il est donc fortement recommandé de suivre son activité de près. “La mise en place d’un tableau de bord pour optimiser le pilotage permet une vigilance accrue sur les principaux indicateurs. L’idéal, afin d’avoir une vue globale, est de disposer d’un tableau de bord qui reprend vos données N-1, N et votre nouveau prévisionnel. Vous pourrez ainsi davantage vous positionner par rapport à votre situation actuelle et prendre les bonnes décisions pour votre entreprise en temps réel”, détaille l’experte-comptable. Cette période a aussi eu quelques avantages. Elle a permis à beaucoup de prendre un nouveau départ. Les besoins et la consommation ayant changé, les structures ont pu se repositionner et mener certaines actions locales afin de s’adapter à l’actualité. “Par exemple, tout le domaine de la restauration a pu tirer son épingle du jeu avec le principe de vente à emporter”, ajoute Caroline Morizot. La digitalisation a également eu son rôle à jouer dans cette remise en question globale des entreprises. Les franchiseurs ont dû réaliser un travail d’accompagnement. En revanche, chaque franchise ne peut pas tout attendre de la tête de réseau. Mener des actions personnelles et locales peut être un bon moyen de pallier un manque ou une baisse de chiffre d’affaires. Quoi qu’il en soit, en période de crise, la gestion se fait essentiellement au jour le jour tout en gardant une vision à long terme. Il est capital de sécuriser sa trésorerie et la prudence doit être de mise car le contexte reste incertain. “Tous les entrepreneurs devraient intégrer dans leur tableau de bord le suivi de leur trésorerie”, recommande Virginie Sablé. Ainsi, c’est en restant en phase avec les réalités actuelles qu’une bonne gestion de trésorerie peut se mener.

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Mathilde Seifert


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