Le constat est sans appel. « Le marché du bricolage est dans une passe difficile depuis l’euphorie de la période Covid », reconnaît Guillaume Mautin, directeur du développement du groupement coopératif M. Bricolage. Après plusieurs années d’essor, le secteur traverse en effet une phase plus délicate. Selon le baromètre annuel Inodata 2024 de la Fédération des magasins de bricolage (FMB) et de la Fédération des industriels du nouvel habitat (Inoha), les ventes des grandes surfaces de bricolage (GSB) ont reculé de 4,3 % en 2024, pour un chiffre d’affaires estimé à 22,1 milliards d’euros, contre 23,1 milliards d’euros l’année précédente. « Le marché a fortement souffert de la chute des transactions immobilières, passées de 1,2 million en 2022 à 750 000 en 2024, et du recul du logement neuf, avec des constructions divisées par deux », souligne Jean-Luc Guéry, président d’Inoha.
Cette baisse s’explique par un contexte économique dégradé, marqué par le ralentissement du marché immobilier et par les arbitrages opérés par les ménages sur leurs dépenses liées à l’habitat. Après la phase d’investissement massif observée pendant et après la crise sanitaire, ceux-ci privilégient désormais l’entretien courant et les réparations nécessaires, reportant plus fréquemment les projets d’aménagement et de rénovation lourds, dans un contexte de pouvoir d’achat contraint et de visibilité économique réduite. Le chiffre d’affaires des grandes surfaces de bricolage se partage classiquement entre achats d’entretien courant et projets d’aménagement ou de rénovation. « Ces derniers, plus engageants financièrement, sont aujourd’hui les plus fortement reportés par les ménages », relève Jean-Luc Guéry, tandis que les dépenses de remplacement continuent de soutenir les ventes de base.
Si la confiance des ménages ne s’est pas redressée, dans un contexte national et international peu incitatif à la dépense, ce dernier se montre néanmoins confiant pour la suite. Pour lui, les transactions dans l’ancien comme dans le neuf montrent des signaux de reprise. « Les fondamentaux sont solides et les Français ont besoin d’améliorer et de rénover leur habitat. Nous sommes convaincus que le marché repartira. La baisse observée en 2024 devrait s’atténuer en 2025 », indique Jean-Luc Guéry.
Proximité, conseil et accessibilité prix
Dans ce contexte de marché contraint, M. Bricolage (1 000 points de vente en France) a fait le choix de renforcer son ancrage territorial à travers trois modèles de déploiement complémentaires. Le réseau s’appuie d’abord sur ses magasins historiques M. Bricolage Concept, un modèle de magasin que l’enseigne décline notamment dans les centres-villes et les centres urbains sous le format M. Bricolage City. « Nous développons une offre d’hyper-proximité avec des magasins du quotidien de 250 à 600 m² », précise Guillaume Mautin.
Deux autres formats complètent ce maillage. Des magasins — souvent des quincailleries — exploitent la marque sous leur propre nom afin de préserver leur identité locale. Et, depuis mars 2025, l’enseigne se développe via M. Bricolage Relais, des commerces de proximité exerçant une activité principale distincte (négoce de matériaux, alimentation animale, etc.) et consacrant une partie de leur surface à l’offre M. Bricolage. Objectif commun de ces formats : adapter l’offre aux zones de chalandise et répondre à un besoin accru de proximité. « Nous revendiquons un modèle de commerce de proximité, ancré localement et fondé sur la relation client. L’ambition est de disposer d’un magasin M. Bricolage à vingt minutes de chaque Français », explique Guillaume Mautin.
Ces formats de proximité résistent mieux à la conjoncture en répondant à une demande tournée vers les petits travaux du quotidien — entretien et réparations — plutôt que vers des projets d’aménagement lourds. Ils capitalisent sur la simplicité, la réactivité et le conseil, en proposant des solutions immédiates et adaptées à des besoins ponctuels. Dans ce contexte, la disponibilité des produits, la clarté de l’offre et la capacité de conseil deviennent des facteurs différenciants majeurs. Pour attirer et retenir les clients, M. Bricolage inscrit la relation client au-delà de l’acte d’achat via une offre complète de services de proximité — livraison à domicile, solutions de financement, couleurs sur mesure, reproduction de clés ou encore location de matériel. Objectif : accompagner les clients à chaque étape de leur projet et créer un lien durable avec la clientèle locale. Autre levier : les prix. M. Bricolage a également renforcé son positionnement prix dans ses magasins Concept avec le « Coin des affaires ».
Le dispositif vise à proposer toute l’année des produits issus du déstockage afin de soutenir le pouvoir d’achat. « En têtes de gondole ou sur des linéaires dédiés, l’enseigne met en avant des sélections clairement identifiées, à moins de 5 € ou 10 € », détaille Guillaume Mautin. Pour Jean-Luc Guéry, les enseignes doivent « faire preuve d’innovation et communiquer sur les prix et les promotions ». Enfin, les enjeux liés à l’efficacité énergétique et à la durabilité des produits s’imposent désormais dans le secteur. « Avec la loi Climat et Résilience, l’éco-conception, la durabilité et l’utilisation de matériaux recyclés sont devenues de véritables priorités. Ce sont des sujets transverses, présents à tous les niveaux de l’organisation », souligne Guillaume Mautin.
Diversification complémentaire
Parallèlement aux réseaux de distribution traditionnels, le marché du bricolage se recompose autour de formats plus légers et orientés services, à l’image de SOS Bricolage. Le concept, centré sur l’intervention à domicile, cible les besoins de petits travaux du quotidien. « Nous avons révélé ce marché en France et sommes la première enseigne de service de bricolage à domicile », avance Jean Lourdin, fondateur et CEO du réseau.
Lancé en franchise en 2013, SOS Bricolage regroupe aujourd’hui une centaine d’intervenants pour 8 millions d’euros de chiffre d’affaires et poursuit son développement. Le besoin est structurel et concerne l’ensemble des générations. Relevant des services à la personne, l’activité permet en outre aux clients, sous conditions, de bénéficier du crédit d’impôt dédié. « Les dispositifs fiscaux mis en place par l’État soutiennent clairement la dynamique du marché », conclut le dirigeant.
Allez plus loin
Lisez la suite de ce dossier dans L’Officiel de la Franchise n°256 de février-mars 2026.