Les rayons de croquettes n’ont jamais été aussi remplis. Dans les animaleries, les références se multiplient, les produits premium gagnent du terrain et les services dédiés au bien-être animal se développent. Même en période de ralentissement de la consommation, les dépenses consacrées aux animaux de compagnie résistent. Le marché français des animaux de compagnie a progressé de 40 % en dix ans et représente désormais 6,8 milliards d’euros selon Xerfi. Plus d’un foyer sur deux possède aujourd’hui un animal de compagnie, tandis que les propriétaires dépensent en moyenne 1 104 euros par an pour leurs compagnons, selon Oxoda. Considérés de plus en plus comme des membres à part entière de la famille, ils bénéficient d’une attention croissante qui transforme le marché.
Un marché porté par l’animal devenu membre de la famille
Le succès du secteur repose d’abord sur une évolution du rapport des Français à leurs animaux. La France compte aujourd’hui près de 16,6 millions de chats et près de 10 millions de chiens, ce qui en fait l’un des pays européens les plus densément peuplés en animaux de compagnie.
Pour Vincent Redrado, fondateur et président du cabinet de conseil DNG, cette dynamique s’inscrit dans des tendances sociétales de long terme. Selon lui, l’essor du marché est notamment lié à l’évolution des modes de vie et à la place croissante qu’occupent les animaux dans les foyers : « Les gens font de moins en moins d’enfants. Il y a un besoin de report d’attention, d’amour et d’affection qui se retrouve sur les animaux de compagnie. Ce phénomène a tendance à s’accélérer fortement avec la baisse de la natalité. Ce sont des tendances démographiques fortes qui, lorsqu’elles sont enclenchées, ne se modifient pas du jour au lendemain. »
Le constat est partagé par les acteurs du secteur. Chez DO&KA, enseigne spécialisée dans l’animalerie, Marie Guittet, responsable communication et marketing, observe, elle aussi une évolution des comportements : « 61 % des foyers possèdent aujourd’hui au moins un animal de compagnie et le considèrent de plus en plus comme un membre à part entière de la famille. Les propriétaires sont de plus en plus attentifs à la qualité des produits qu’ils leur donnent. » Les dépenses liées aux animaux sont donc de moins en moins perçues comme facultatives et résistent davantage aux arbitrages budgétaires.
Le petfood reste le cœur du marché
Si de nouveaux services émergent, l’alimentation demeure le premier poste de dépenses des propriétaires d’animaux. Mais les habitudes de consommation évoluent rapidement. Les propriétaires regardent désormais davantage la composition des produits, l’origine des ingrédients ou encore les bénéfices nutritionnels.
« Je pense que c’est l’un des changements les plus importants, constate Vincent Redrado. Avant, peu de personnes regardaient réellement les ingrédients présents dans les aliments pour animaux. Aujourd’hui, c’est totalement différent. Les propriétaires font extrêmement attention à ce qu’ils donnent à manger à leurs animaux. Ils veulent qu’ils soient en bonne santé, qu’ils vivent longtemps. »
Cette montée en gamme ne concerne plus seulement l’alimentation. Elle s’étend désormais à l’ensemble des achats liés aux animaux de compagnie. Chez DO&KA, cette évolution est visible au quotidien : « On remarque une sensibilisation à la qualité des produits, notamment sur la nutrition. Les clients s’intéressent davantage aux croquettes, aux pâtées, mais aussi aux matériaux utilisés dans les jouets et les accessoires. Ils regardent les produits fabriqués en France, les matériaux naturels, les démarches écoresponsables. »
Crédit : DO&KA.
Animaleries spécialisées : la montée en puissance des réseaux
Face à l’essor du marché, les enseignes spécialisées accélèrent leur développement. Maxi Zoo, filiale du groupe allemand Fressnapf, s’impose aujourd’hui comme le leader du secteur avec près de 400 magasins en France (l’enseigne revendiquait 8,5 % de parts de marché en 2025). L’enseigne belge Tom&Co poursuit également son expansion avec près de 200 magasins en Europe (54 magasins en France, dont 27 franchisés). Animalis, enseigne française spécialisée dans le bien-être animal, compte plus de 100 points de vente, tandis que JMT (Le Royaume des Animaux) revendique plus de 120 magasins, et un développement exclusivement en franchise.
Si les enseignes spécialisées poursuivent leur expansion, elles évoluent toutefois dans un paysage de distribution très concurrentiel. Selon Made in FR, les grandes surfaces alimentaires demeurent le premier canal de vente de petfood en France avec 48,6 % des parts de marché en 2024. L’e-commerce confirme également sa montée en puissance et représente désormais 24,6 % du marché, devant les animaleries et jardineries (22,4 %). Les vétérinaires et éleveurs complètent le paysage avec 4,4 % des ventes.
Pourtant, les enseignes spécialisées continuent de gagner du terrain. Selon les données communiquées par DNG, le parc d’animaleries sous enseigne a progressé de 60 % depuis 2020. Pour Marie Guittet, cette croissance s’explique par la valeur ajoutée du conseil. « Les animaleries spécialisées trouvent clairement leur place sur ce secteur concurrentiel aujourd’hui. Les clients sont davantage sensibles à la nutrition et à la qualité qu’au seul critère du prix. Ils recherchent une expertise et un conseil que nous pouvons leur apporter. » DO&KA, qui compte actuellement douze magasins dont dix en franchise, prévoit d’approcher une vingtaine de points de vente d’ici la fin de l’année et vise entre 5 et 10 ouvertures par an.
Crédit : DO&KA.
Pour autant, tous les acteurs ne profitent pas de la croissance du marché de la même manière. Les animaleries spécialisées doivent notamment composer avec la montée en puissance du e-commerce, portée par des acteurs comme Zooplus et Zoomalia, ou encore des géants américains de la vente en ligne.
« Les acteurs historiques performent toujours, mais Amazon leur prend beaucoup de parts de marché, explique Vincent Redrado. Les plateformes chinoises gagnent aussi du terrain sur les accessoires. Les marques digitales premium prennent également des parts de marché. Le marché est aujourd’hui très éclaté entre les marques premium, les marques historiques et les acteurs digitaux. »
Selon lui, ce sont surtout les acteurs positionnés sur le milieu de gamme qui se retrouvent sous pression. « On observe un phénomène assez proche de celui du prêt-à-porter : d’un côté l’entrée de gamme, de l’autre le premium. »
Santé, bien-être et services : les nouveaux relais de croissance
Au-delà des produits, c’est tout un écosystème de services qui se développe autour du bien-être animal. Compléments alimentaires, suivi vétérinaire, toilettage, prévention : autant de segments qui bénéficient directement de l’évolution du rapport des Français à leurs animaux.
Cette montée en gamme se traduit également par l’apparition de nouvelles prestations. Dans le toilettage, les professionnels ne se limitent plus à l’entretien du pelage. Adam Tordjmann, fondateur de Snob Dog, constate une demande croissante pour des services à plus forte valeur ajoutée. L’enseigne avait lancé un réseau de franchise par le passé, mais a depuis recentré son activité sur la formation des professionnels du toilettage et du massage animalier. « Les propriétaires d’animaux recherchent vraiment des professionnels qui sont soucieux du bien-être des animaux. Ils demandent des conseils sur l’alimentation, sur des problématiques de peau, de fourrure ou de comportement. » Selon lui, cette évolution favorise le développement de prestations complémentaires comme le massage animalier ou la naturopathie.
Cette tendance se retrouve dans de nouveaux concepts comme Le Wouf Club, créé à Anglet par Camille Boulanger, ancienne professionnelle de la communication et du marketing reconvertie dans le toilettage. Le concept associe salon de toilettage, soins, massages et boutique spécialisée. L’enseigne, qui a récemment lancé son développement en franchise, revendique une approche centrée sur le bien-être animal et développe également une communauté active sur les réseaux sociaux, tout en organisant régulièrement des événements destinés aux propriétaires d’animaux.
La recherche d’un service toujours plus personnalisé se retrouve également dans le secteur de la garde. En Haute-Savoie, Les Pachas d’Amandine ont développé depuis 2014 un concept de pension féline haut de gamme présenté comme un véritable hôtel pour chats. L’enseigne, qui se développe également en franchise, propose notamment des suites individuelles ou collectives, un suivi personnalisé, des webcams permettant aux propriétaires de suivre leur animal à distance, ainsi que des services complémentaires allant des soins courants à des séjours de convalescence adaptés.
Crédit : Georges Cat.
Sur le segment félin, certains réseaux font de l’expertise santé leur principal argument. Ancienne infirmière vétérinaire, Maggy Daunas a ainsi créé Georges Cat après avoir identifié les difficultés rencontrées par les propriétaires de chats lorsqu’ils doivent s’absenter : « Les nouvelles générations sont de plus en plus proches de leurs animaux. Ce sont de plus en plus des membres à part entière de la famille. Ce qu’elles recherchent, c’est un service premium, comme on s’occuperait d’un enfant. »
Son concept de pension féline mise sur un encadrement assuré par des professionnels formés à la santé animale. « Comme nous sommes auxiliaires vétérinaires, nous connaissons les besoins physiologiques et psychologiques du chat. Nous pouvons également prendre le relais pour administrer des traitements médicaux et détecter rapidement un problème », explique-t-elle. L’enseigne, qui s’apprête à ouvrir sa troisième franchise, en plus de son établissement pilote, ambitionne à terme de couvrir les principales métropoles françaises avec « 80 à 100 hôtels ».
Un marché qui continue d’attirer les entrepreneurs
Pour les entrepreneurs et les candidats à la franchise, le secteur présente plusieurs atouts : une clientèle fidèle, des achats récurrents et des perspectives de croissance solides. Selon DNG, la croissance du marché devrait se poursuivre au cours des prochaines années. Mais la croissance ne garantit pas le succès. « L’emplacement est primordial. C’est particulièrement vrai sur ce secteur où les investissements sont importants », prévient Vincent Redrado.
À mesure que les animaux occupent une place toujours plus importante dans les foyers français, la pet economy dépasse désormais largement la simple vente de croquettes. Une transformation qui ouvre de nouvelles perspectives aux réseaux spécialisés comme aux futurs franchisés.