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Bâtiment : la crise persiste, le défi climatique s’impose

Le bâtiment n’est toujours pas sorti de la crise. Au deuxième trimestre 2026, l’activité artisanale recule encore et les entreprises restent confrontées à la hausse des coûts, au recul de l’emploi et aux difficultés de recrutement. Mais un autre défi s’impose déjà : adapter les bâtiments et les chantiers à un climat qui change.

Le constat dressé par la CAPEB (la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) à l’occasion de son point de conjoncture du deuxième trimestre 2026 reste préoccupant. L’organisation, qui représente les entreprises artisanales du bâtiment, principalement les structures de moins de 10 salariés, observe une nouvelle baisse de l’activité. Si ses données ne reflètent pas à elles seules l’ensemble du secteur, elles donnent une photographie de la situation sur le terrain.

Treize trimestres de baisse

L’activité continue donc de reculer. Avec -1,5 % sur un an au deuxième trimestre, le bâtiment artisanal enregistre son treizième trimestre consécutif de baisse. La CAPEB avait pourtant anticipé une stabilisation de l’activité en 2026. Elle tablait encore en début d’année sur une évolution comprise entre -0,5 % et +0,5 %. Une prévision désormais considérée comme trop optimiste, alors que les entreprises doivent absorber les conséquences du contexte géopolitique et de la hausse des coûts des matières.

« Nous avons l’impression qu’il n’y a jamais eu autant de crises successives. (…) On a eu une crise sanitaire, une crise énergétique, des guerres, des tensions commerciales, des difficultés d’approvisionnement. Et là, on a encore une crise au Moyen-Orient », résume Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB.

Un enchaînement qui finit par peser sur les dirigeants. Selon l’enquête présentée par la CAPEB, une majorité d’entre eux se déclarent assez, voire très fatigués. « Nous sommes dans un tunnel, et on n’en voit pas encore la sortie », résume le président de l’organisation.

Depuis le printemps, l’inflation est repartie à la hausse et les tensions géopolitiques ont accentué la pression sur les prix des fournisseurs. Les matériaux dépendant du pétrole sont particulièrement concernés. Pour Jean-Christophe Repon, on assiste à un effet de ciseaux particulièrement difficile à gérer pour les petites entreprises. « Nous avons des entreprises qui ont des carnets de commandes, mais qui ont des difficultés de trésorerie, car elles ont des délais de paiement qui s’allongent. D’un autre côté, il y a les hausses de prix des matériaux qu’elles doivent avancer. »

Le changement climatique bouleverse les chantiers et les besoins de rénovation

L’autre grande évolution mise en avant par la CAPEB concerne le changement climatique. L’enquête menée auprès de près de 3 000 artisans entre mai et juin 2026 montre que près de 7 entreprises sur 10 constatent une augmentation des aléas climatiques sur leur territoire.

Crédits : CAPEB, Conjoncture du 2e trimestre 2026.

Au total, 58 % des entreprises interrogées font état de retards de chantier et 55 % ont dû mettre en place des horaires décalés. Plus d’une entreprise sur deux évoque également une fatigue accrue, une démotivation ou des arrêts.

 « Nous voyons bien aujourd’hui que les canicules ou les inondations ont un impact direct sur nos entreprises, sur nos salariés, sur nos chantiers et nos matériaux », confirme Jean-Christophe Repon.

Cette nouvelle donne transforme également les besoins auxquels le bâtiment doit répondre. La rénovation énergétique a longtemps été pensée principalement autour de la consommation de chauffage. Désormais, le confort d’été devient un enjeu à part entière.

Les entreprises ne constatent pas encore toutes une hausse de la demande liée aux aléas climatiques. Mais lorsqu’elle existe, elle concerne notamment les travaux de toiture et, dans une logique d’anticipation, le rafraîchissement, le chauffage et l’isolation.

La CAPEB défend ainsi une approche plus large de l’adaptation des logements, qui ne consiste pas simplement à installer davantage de climatiseurs. « On ne peut pas simplement climatiser la France, nous n’en aurions pas les moyens. Il faut davantage de sobriété et un financement adapté pour accélérer les travaux d’isolation, de ventilation ou encore d’occultation, qui permettent de conserver la fraîcheur dans les logements. »

Une transformation qui peut aussi donner une nouvelle dimension au métier. « En tant que citoyen, c’est aussi donner un sens à notre entreprise », estime le président.

MaPrimeRénov’ en décalage avec les enjeux climatiques ?

Encore faut-il que les dispositifs publics accompagnent cette évolution. C’est l’un des principaux points de tension soulevés par la CAPEB, notamment autour de MaPrimeRénov‘.

L’organisation estime que certaines évolutions du dispositif rendent plus difficile la réalisation de travaux ciblés, alors même que les besoins liés au confort d’été et à l’adaptation climatique augmentent.

 « Il y a un sentiment d’incompréhension quand on voit les arbitrages de MaPrimeRénov’. On nous dit qu’il faut adapter les logements au changement climatique et, dans le même temps, on retire des possibilités de faire certains travaux simplement », déploreJean-Christophe Repon.

La CAPEB ne prévoit donc plus de véritable reprise en 2026. L’organisation anticipe une nouvelle baisse de l’activité et une poursuite de la dégradation de l’emploi. À l’approche de l’élection présidentielle, Jean-Christophe Repon entend désormais porter ces difficultés auprès des candidats. Pour ce dernier, l’enjeu est de sortir des mesures ponctuelles. « Il faut qu’on ait une vision stratégique et de long terme pour pouvoir rénover et accompagner les Français. »

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