Créée en 2020, MaPrimeRénov’ est une aide de l’État destinée à financer les travaux d’amélioration énergétique des logements (isolation, ventilation, chauffage, etc.). Elle s’adresse à tous les propriétaires (occupants, bailleurs) ainsi qu’aux copropriétés, quels que soient leurs revenus. Le montant de l’aide varie selon la nature des travaux et les revenus du ménage. Très utilisée ces dernières années, elle constitue un levier essentiel de l’activité dans le bâtiment, notamment pour les artisans qualifiés RGE (Reconnu Garant de l’Environnement).
Mais face à un trop grand nombre de demandes et à des cas de fraude, l’État a décidé de suspendre le dépôt de nouveaux dossiers pendant deux mois et demi. Une annonce qui tombe très mal pour une filière déjà sous tension.
« MaPrimeRénov’, depuis sa création, c’est 14 modifications, rappelle Christophe Bellanger, récemment nommé vice-président de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB), une organisation professionnelle qui représente 62 000 adhérents. Nous n’avons pas été consultés sur cet arrêt brutal, que nous avons trouvé ubuesque et chaotique. Nous avons été obligés de réagir avec des courriers, des entrevues, ou des rendez-vous avec des députés et des sénateurs. »
Une filière déjà en difficulté
Pour Christophe Bellanger, cette annonce intervient dans une période particulièrement difficile pour le secteur du bâtiment. « Je rappelle qu’en 2024, nous avons perdu 14 000 entreprises artisanales et 27 000 emplois. L’activité a chuté de 4 %, et le premier trimestre 2025 n’est pas bon non plus. » Cette suspension impact fortement les entreprises qualifiées dans la rénovation énergétique. Le dispositif peut représenter, pour certaines d’entre elles, plus de 50% de leur chiffre d’affaires.
« Il y a un double enjeu aujourd’hui, résume le vice-président de la CAPEB. Il y a les dossiers avec les devis signés, que les clients hésitent à déposer. Et puis tous ceux qui n’avaient pas encore décidé, et qui vont rester attentistes. C’est un frein très brutal sur le chiffre d’affaires de l’entreprise. » D’après lui, les entrepreneurs affiliés à un réseau risquent encore plus gros : « Les franchisés, sur ce domaine de MaPrimeRénov’, sont certainement plus atteints puisqu’ils font des travaux de grande ampleur, des grosses rénovations. Et c’est ce qui est pointé du doigt aujourd’hui par le gouvernement, notamment concernant les fraudes. »
L’organisation professionnelle garde cependant espoir. Elle sera reçue ce vendredi 13 juin par Valérie Létard, ministre du Logement, pour échanger sur les étapes à venir. « Nous ne voulons pas nous contenter des annonces lues dans les journaux. Nous voulons un calendrier et des délais clairs à communiquer à nos adhérents », martèle Christophe Bellanger.
La CAPEB propose notamment une simplification de la qualification RGE, et la création d’une plateforme nationale centralisant les demandes d’aides et les chantiers aidés, connectée à la base des entreprises qualifiées RGE, afin d’éviter les fraudes. « Ce dispositif est crucial pour le pouvoir d’achat de nos clients, et pour la planète. Cette suspension est un très mauvais signal. Il faut absolument que le cap soit changé, très vite. »