Nouveauté [Podcast] Les voix de l'entrepreneuriat en franchise
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Entreprendre en franchise : comment dépasser ses peurs

Malgré son caractère rassurant, la franchise reste une forme d’entrepreneuriat, avec son lot d’incertitudes, de doutes et de questionnements. Voici comment surmonter cinq grandes peurs ressenties par la plupart des porteurs de projet avant de se lancer.

Vous avez le trouillomètre à zéro à l’idée d’entreprendre ? C’est légitime : l’acte n’a rien d’anodin. Se mettre à son compte comporte toujours des aléas et la franchise, même si elle limite les dangers, n’a rien d’une assurance tous risques. Entre la peur de l’échec et de la nouveauté, les mauvais choix, l’investissement conséquent à consentir… ces craintes sont fondées. Pour autant, elles ne sont pas insurmontables et s’apparentent davantage à des biais qu’à de véritables obstacles. En les comprenant et en les apprivoisant, vos sueurs froides de départ ne seront plus qu’un lointain souvenir. Notre analyse et nos solutions.

1. La peur de l’échec

C’est la crainte la plus fréquente, car un concept a beau être solide sur le papier, rien ne garantit sa réussite à 100 %. « Nous nous sommes posé pas mal de questions : l’enseigne, toute jeune et peu connue, va-t-elle plaire aux clients ? Aurons-nous les compétences nécessaires… Il y a toujours une part de doute quand on se lance, et une question lancinante : est-ce que cela va marcher pour nous aussi ? », relate Dimitri Grangier, qui a ouvert le premier restaurant franchisé Greekia avec son associé, Evan Philippon, en octobre 2025. Le jeune duo de 25 ans, tout juste diplômé d’écoles de commerce, craignait principalement d’implanter ce nouveau concept à Bordeaux, une ville qu’ils ne connaissaient pas et dont ils ignoraient les codes.

Pour balayer ce genre d’angoisses, Marjorie Llombart, coach d’entrepreneurs et fondatrice du cabinet Beyond Business, conseille le passage à l’action : « Agir permet de sortir du fantasme. S’informer sur le réseau ou faire des recherches enclenche un mécanisme de confiance en soi. Plus on avance, plus les informations deviennent claires et précises, et moins le doute persiste. » Ainsi, aller sur le terrain, analyser les flux et mener sa propre étude de marché locale renforcent les certitudes et permettent de refouler les peurs existentielles. C’est exactement ce qu’a fait Fabrice Angeli, multifranchisé Easy Cash, dont les trois magasins sont eux aussi implantés près de Bordeaux. « Je suis allé incognito dans des points de vente, j’ai rencontré plusieurs franchisés et j’ai enquêté sur la marque pour savoir ce qu’elle avait dans le ventre, raconte-t-il. À 50 ans, avec trois enfants et un crédit immobilier à rembourser, je voulais absolument cadrer le projet avec des éléments objectifs. »

Les solutions à mettre en place : Comme le rappelle Sylvain Bartolomeu, président de Franchise Management : « La plupart des échecs en franchise proviennent d’un défaut de préparation ; il faut donc enquêter sur tous les fronts. » Parmi les actions à mener : rencontrer plusieurs franchisés (performants comme en difficulté), analyser les causes d’éventuels échecs (emplacement, gestion, profil…) et sécuriser le projet en amont avec des prévisionnels prudents et une étude de marché locale, indépendante du franchiseur.

2. La peur de l’inconnu

76 % des franchisés sont d’anciens salariés en reconversion dans des métiers ou des activités pour lesquels ils n’ont pas ou peu d’expérience. « Le psychisme déteste le changement. Ce type de rupture peut faire peur, en particulier chez les anciens cadres », analyse Marjorie Llombart. Quitter le confort du salariat, déconstruire ses anciens automatismes, apprendre un nouveau métier, manager des équipes restreintes, réduire son train de vie, tout recommencer de zéro… ces bouleversements ont de quoi donner la chair de poule.

La franchise permet toutefois de limiter ces biais, notamment grâce aux stages de découverte proposés par les enseignes lors de la phase de présélection. Ces immersions terrain offrent l’occasion de découvrir les coulisses du métier et de vivre, en conditions réelles, sa future activité. Un test souvent rassurant. « La formation initiale permet en outre d’acquérir les savoir-faire, les process et les techniques de vente. Elle est censée permettre aux candidats sans expérience de maîtriser les méthodes et de réitérer le succès. Souvent, d’ailleurs, ces profils néophytes réussissent mieux, car ils appliquent les méthodes à la lettre, sans les remettre en cause ni les comparer », renchérit Sylvain Bartolomeu.

Les solutions à mettre en place : « Faites un bilan de compétences pour identifier vos soft skills et repérer celles qui vous permettront de faire face aux changements », recommande Marjorie Llombart. Poursuivez avec une ou plusieurs immersions sur site, si possible auprès de franchisés ayant le même parcours. C’est le meilleur moyen de lutter contre le syndrome d’anxiété anticipatoire et de dédramatiser la peur de l’inconnu.

3. La peur de l’engagement financier

La franchise a un coût. Il faut payer les droits d’entrée, rémunérer le savoir-faire transmis par l’enseigne, les services fournis (animation, formation, publicité, assistance), parfois les aménagements du point de vente, les équipements spécifiques ou les stocks. Tous ces « petits plus » se monnayent, et les investissements peuvent dépasser plusieurs centaines de milliers d’euros. « Nous avons apporté 90 000 euros d’apport personnel et emprunté 200 000 euros. Toutes nos économies y sont passées et, bien sûr, il faut rembourser notre crédit », concède Dimitri Grangier, pointant le risque financier engagé.

Pour éviter de se mettre en danger à titre personnel — il est rare de se rémunérer les premiers mois —, mieux vaut conserver une épargne de sécurité afin de subvenir aux besoins de son foyer, ou établir un business plan familial. « J’ai adapté mon régime matrimonial et, avec mon épouse, nous avons établi une feuille de route listant nos charges et nos revenus récurrents », assume Fabrice Angeli. Sur le plan professionnel, Sylvain Bartolomeu préconise de prévoir un matelas de sécurité et de consolider la trésorerie de départ : « Cela donne de l’oxygène à l’entreprise et diminue la pression financière au démarrage. »

Les solutions à mettre en place : « Une transition se finance : évaluez la perte de niveau de vie, supprimez certaines dépenses inutiles… Prenez le temps de faire ce travail ; l’angoisse financière diminue fortement quand tout est chiffré », conseille Marjorie Llombart. Et transformez le biais « je risque tout » en « j’investis de façon encadrée ».

4. La peur de voir sa liberté d’action réduite à peau de chagrin

La franchise impose un cadre : respect des process, visites du franchiseur, audits réguliers, parfois investissements à contrecœur dans une nouvelle identité visuelle. Bien qu’indépendants, les franchisés ne font pas tout ce qu’ils veulent au sein des réseaux. Les profils aventuriers ou les tempéraments solitaires peuvent redouter ce manque de liberté et craindre un déséquilibre de pouvoir avec le franchiseur…

Allez plus loin

Lisez la suite de ce dossier dans L’Officiel de la Franchise n°256 de février-mars 2026.

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