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Se lancer en franchise

« On est indépendant, mais pas totalement libre » : les erreurs à éviter entre franchiseur et franchisé

Fort de plus de trente ans d’expérience dans le droit de la franchise, Dominique Baschet propose une analyse concrète des relations entre franchiseur et franchisé. Dans son ouvrage "Franchiseur - Franchisé : comment réussir ? Guide pratique et juridique" (éditions LGDJ), il s’appuie sur son expérience de terrain pour décrypter les enjeux opérationnels du modèle, au-delà des seuls aspects juridiques.

Selon votre expérience, quelles sont les erreurs les plus courantes des jeunes franchiseurs au moment de lancer leur concept ?

Dominique Baschet : La première erreur, c’est de ne pas avoir un concept suffisamment différenciant. Beaucoup pensent que leur idée est bonne, mais elle n’est pas toujours assez spécifique par rapport à la concurrence. Il faut se poser la question : qu’est-ce qui me distingue réellement ? Pourquoi un franchisé choisirait-il mon concept plutôt qu’un autre ?

La deuxième erreur concerne les moyens financiers. Certains se lancent dans la franchise sans avoir les ressources nécessaires pour accompagner leur développement. Or, il faut être capable d’investir et de soutenir le réseau dès le départ. Sinon, le développement s’arrête rapidement, souvent de manière brutale.

Et côté franchisés, observez-vous des erreurs récurrentes au moment de choisir leur réseau ?

D.B. : Oui. Beaucoup de candidats franchisés se lancent sans bien comprendre le modèle. Ils veulent être indépendants, mais n’acceptent pas les contraintes inhérentes à la franchise. Il faut bien comprendre qu’on reste juridiquement indépendant, mais qu’on doit suivre un concept, des méthodes, et accepter des conseils, voire des remarques. Certains ne supportent pas cette réalité et se retrouvent en difficulté. Il faut donc avoir un véritable état d’esprit d’entrepreneur, tout en acceptant le cadre du réseau.

Vous évoquez la nécessité d’un duo gagnant entre franchiseur et franchisé. Quels en sont les ingrédients ?

D.B. : Le premier élément, c’est la confiance. Sans confiance, la relation ne fonctionne pas. Ensuite, il faut un équilibre. Le franchiseur doit accompagner et encadrer, mais sans étouffer le franchisé. À l’inverse, le franchisé doit respecter le concept et l’image de marque. Le contrat doit être équilibré. Trop de contraintes peuvent poser problème, notamment en cas de requalification juridique.

Ces contrats déséquilibrés, vous les observez souvent ?

D.B. : Cela arrive. Par exemple, certaines contraintes sont normales (comme les horaires ou le respect du concept) mais elles doivent rester proportionnées. Si le franchiseur impose tout, sans laisser d’autonomie, il existe un risque de requalification du contrat en contrat de travail, ce qui peut avoir des conséquences lourdes.

Qu’est-ce qui abîme le plus souvent la relation franchiseur-franchisé ?

D.B. : Très souvent, c’est une mauvaise compréhension dès le départ. Les franchisés ne prennent pas toujours le temps de bien analyser le réseau. Je recommande toujours d’aller voir d’autres franchisés, de passer du temps sur le terrain, de faire des stages découverte. Il faut comprendre concrètement comment fonctionne le réseau avant de s’engager.

Si vous deviez donner un conseil à un franchiseur ou franchisé pour maintenir un bon équilibre, quel serait-il ?

D.B. : La clé reste la confiance et la compréhension du fonctionnement du réseau. Il faut aussi bien distinguer relation professionnelle et relation personnelle. J’ai vu des situations où des relations trop amicales ont créé des problèmes. Il faut garder un cadre professionnel clair, même si la relation est bonne. C’est essentiel pour éviter les conflits. La franchise fonctionne bien quand chacun connaît son rôle et ses obligations.

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