Vous avez été nommé directeur général de Nestenn il y a quelques mois. Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Romain Odano : J’ai intégré l’enseigne en tant que développeur en 2017, et j’ai participé à une opération assez unique dans le monde de la franchise : le rapprochement de Solvimo et d’Avis Immobilier pour créer une nouvelle marque. En moins de dix-huit mois, plusieurs centaines d’agences ont changé d’enseigne. J’ai ensuite été directeur du développement, puis directeur réseau, avant d’être nommé directeur général.
Près de dix ans après cette fusion, quel bilan tirez-vous de cette stratégie ?
R.O. : Avec le recul, c’était une décision indispensable. D’abord parce qu’il est beaucoup plus simple de développer une seule marque que deux. Cela nous permet de concentrer nos moyens et nos équipes sur un projet unique.
Ensuite, parce que l’immobilier a profondément évolué en dix ans. Dès le départ, nous avons voulu construire une enseigne moderne, capable de s’appuyer sur les meilleurs outils digitaux pour permettre aux agents immobiliers de gagner du temps et d’offrir un meilleur service à leurs clients. Nous n’avions pas de notoriété au lancement de Nestenn ; il fallait donc nous différencier autrement. Le bilan est très positif. Le réseau est passé d’un peu plus de 240 agences à plus de 400 aujourd’hui, ouvertes ou en cours d’ouverture.
Comment analysez-vous la situation actuelle du marché immobilier ?
R.O. : On parle souvent de cycles, avec de bonnes et de mauvaises périodes. Je pense que cette lecture est aujourd’hui dépassée. L’immobilier est devenu un marché qui évolue en permanence dans un environnement complexe. Il dépend avant tout de facteurs extérieurs, notamment des conditions de financement. Près de huit transactions sur dix sont réalisées grâce à un crédit immobilier. Les politiques monétaires, les décisions économiques ou encore le contexte géopolitique influencent directement notre activité.
Dans ce contexte, les professionnels doivent apprendre à évoluer dans un environnement où l’incertitude est devenue permanente. Il ne s’agit plus d’attendre un hypothétique retour des « bons jours », mais d’adapter en permanence son organisation, ses méthodes et son accompagnement. Malgré cela, je reste confiant. L’immobilier répond à un besoin fondamental, celui de se loger. Nous estimons que 2026 devrait être relativement conforme à 2025, avec autour de 900 000 transactions dans l’ancien.
Quelles perspectives voyez-vous pour le marché locatif ? Dépend-il toujours autant du marché de l’achat ?
R.O. : Nous observons une légère reprise, mais elle reste encore timide. Selon moi, le principal frein n’est pas la rentabilité de l’investissement immobilier, mais la perte de confiance des investisseurs particuliers.
Aujourd’hui, près de 80 % du parc locatif privé repose sur des petits épargnants qui possèdent un ou deux logements. Beaucoup hésitent désormais à investir car ils jugent le cadre réglementaire trop complexe et les risques trop importants, notamment en cas d’impayés.
Chez Nestenn, l’investissement locatif ne représente qu’environ 11 % des transactions réalisées. C’est insuffisant. Il faudra bien sûr des mesures d’incitation, mais surtout simplifier les règles et redonner de la visibilité aux investisseurs privés.
Vous investissez beaucoup dans les outils numériques. Quelle place occupe aujourd’hui l’intelligence artificielle ?
R.O. : La valeur ajoutée d’un agent immobilier ne réside pas uniquement dans l’estimation, que n’importe quelle IA peut réaliser. Les clients ne poussent pas la porte d’une agence pour obtenir un chiffre. Ils viennent chercher un accompagnement, des conseils et la certitude de ne pas se tromper.
Nous avons donc beaucoup investi dans la formation : techniques du bâtiment, financement, intelligence émotionnelle, intelligence situationnelle… En parallèle, nous développons des outils qui permettent à nos franchisés de gagner du temps sur les tâches administratives afin qu’ils puissent consacrer davantage de temps à leurs clients. Notre ambition est de faire de l’agent immobilier un agent immobilier augmenté, capable de s’appuyer sur la technologie sans jamais perdre la dimension humaine de son métier.
Quels seront les principaux défis des franchisés dans les prochaines années ?
R.O. : D’abord, les points de vente doivent apporter davantage de services, rassurer les clients et démontrer toute leur expertise. Le second défi sera la montée en compétences. Les clients ont désormais accès à une quantité considérable d’informations. Les professionnels devront donc être encore plus performants dans leur capacité à analyser les situations, conseiller et accompagner leurs clients. La technologie continuera d’évoluer très vite. Notre rôle sera de permettre aux franchisés de l’utiliser pour renforcer leur expertise, sans jamais perdre ce qui fait la valeur de leur métier : la relation humaine.