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Immobilier : « La négociation est redevenue un passage quasi obligatoire », observe Laforêt

Après un premier trimestre dans la continuité du redressement observé en 2025, l’immobilier français a été rattrapé par les incertitudes économiques et géopolitiques au printemps 2026. Pour Yann Jéhanno, président de Laforêt, le secteur doit désormais composer avec de nouveaux comportements d’achat, tout en accélérant sa transformation.

Comment analysez-vous l’état actuel du marché immobilier ?

Yann Jéhanno : Le premier semestre 2026 a été très particulier, avec deux périodes bien distinctes. Le premier trimestre s’est inscrit dans la continuité de 2025. L’an dernier, nous avions assisté au redressement du marché immobilier, avec une reprise des transactions. Nous étions revenus autour de 950 000 transactions, un niveau que je qualifierais de normal.

Puis la situation géopolitique est venue bouleverser cette dynamique. Avec le conflit au Moyen-Orient, les Français ont rapidement été confrontés à de nombreuses inquiétudes : hausse du prix de l’énergie, coût des carburants, risque de chômage partiel dans certains secteurs… Tous ces éléments ont fortement pesé sur le moral des ménages.

Au terme du premier semestre, par rapport à la même période en 2025, nous enregistrions 3 % d’acquéreurs en moins, 8 % de vendeurs en plus et 2,3 % de transactions en moins.

Le fait marquant de ce premier semestre est toutefois le retour de la négociation. En 2025, sur les quelque 25 000 ventes réalisées par le réseau Laforêt, six ventes sur dix avaient donné lieu à une négociation. Au premier semestre 2026, neuf ventes sur dix ont fait l’objet d’une négociation. Celle-ci est redevenue un passage quasi obligatoire.

Autre évolution marquante : l’intérêt pour la maison individuelle recule. Nous enregistrons 4,7 % d’acquéreurs en moins sur les maisons, alors que les appartements progressent de 0,6 %. Les acquéreurs arbitrent donc davantage leurs choix. Beaucoup préfèrent acheter un appartement à 250 000 euros plutôt qu’une maison à 300 000 euros, afin de limiter leur endettement ou de conserver une partie de leur épargne.

Et concernant le marché locatif, observe-t-on une amélioration après plusieurs années de tensions ?

Y.J. : Le marché locatif reste très préoccupant. Dans le même temps, les investisseurs sont beaucoup moins nombreux. En 2019, au sein du réseau Laforêt, 27 % des transactions concernaient un investissement locatif. À la fin du premier semestre 2026, cette part est tombée à 16 %.

Cette baisse est directement liée aux politiques publiques qui ont progressivement découragé les investisseurs : hausse de la taxe foncière, obligations de rénovation énergétique, encadrement des loyers… Toutes ces mesures ont réduit l’attractivité de l’investissement locatif. La situation reste donc très tendue.

Observez-vous de nouvelles attentes chez les acquéreurs, notamment face aux épisodes de canicule ?

Y.J. : Le sujet commence à émerger, même s’il n’est pas encore un critère de recherche majeur. Il est évident qu’un appartement situé sous les toits, mal isolé et exposé à de fortes chaleurs sera aujourd’hui plus difficile à vendre.

Pour autant, les épisodes de très fortes chaleurs restent relativement limités dans le temps et, surtout, les acquéreurs n’ont pas toujours la possibilité de choisir un logement réunissant tous les critères idéaux : une bonne exposition, un excellent diagnostic de performance énergétique, une climatisation…

En revanche, le dérèglement climatique est bien une réalité. Le sujet du confort d’été va donc progressivement s’imposer dans les critères de choix des logements. Cela soulève toutefois plusieurs questions complexes. D’un côté, nous souhaitons réduire les consommations énergétiques ; de l’autre, les besoins en climatisation vont probablement augmenter. Il faudra également composer avec les règles des copropriétés, qui n’autorisent pas toujours l’installation de climatiseurs, ainsi qu’avec les contraintes imposées par les Architectes des Bâtiments de France dans certains secteurs protégés.

Autrement dit, un véritable débat va s’ouvrir dans les années à venir autour du confort d’été, de l’énergie et de l’adaptation du parc immobilier. Aujourd’hui, nous sommes encore loin d’avoir toutes les réponses.

Dans ce contexte, comment se porte le réseau Laforêt ?

Y.J. : Depuis près de quinze ans, nous avons engagé une stratégie de diversification de nos activités. C’était indispensable, car le marché de la transaction immobilière est par nature cyclique. En 2025, alors que nous avons réalisé 25 000 ventes, et 27 000 locations. Aujourd’hui, nous administrons 80 000 logements en gestion locative.

Il y a trois ans, nous avons lancé une quatrième activité : le syndic de copropriété. Nous administrons désormais 30 000 logements. Cette diversification permet à nos franchisés de ne plus dépendre uniquement des ventes. Désormais, notre chiffre d’affaires provient à environ 60 % de la transaction et 40 % des autres métiers.

Nous sommes en croissance sur chacune de ces activités : location, gestion locative et syndic de copropriété progressent toutes à deux chiffres. Grâce à cet équilibre, nous devrions cette année encore dépasser 330 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026.

Quels sont aujourd’hui vos principaux axes de développement ?

Y.J. : Notre priorité est le lancement de Laforêt Collection, un nouveau réseau consacré aux biens de caractère et aux biens familiaux. Ce projet est le fruit de deux années d’études géomarketing. Nous avons identifié plus de 70 territoires où ce concept peut être développé.

Le premier point de vente a ouvert au Touquet au premier trimestre. Nous sommes également en train d’ouvrir trois agences à Paris, dans les 4e, 6e et 9e arrondissements. Notre objectif est désormais d’atteindre une dizaine d’implantations ouvertes ou en cours d’ouverture d’ici la fin de l’année. Parallèlement, nous poursuivons la diversification de nos métiers afin de continuer à équilibrer les différentes sources de chiffre d’affaires.

Bien issu du catalogue Laforêt Collection.

Crédits : Laforêt Collection.

Quels seront les principaux défis des franchisés dans les prochaines années ?

Y.J. : Le premier défi est de poursuivre la diversification des activités. Le deuxième est celui de la professionnalisation, notamment face à l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est encore mal comprise. Je ne parle pas d’une révolution, mais d’une évolution profonde de nos métiers, qui passera nécessairement par une formation continue toujours plus importante. Pour moi, c’est aussi une formidable opportunité, car notre valeur ajoutée réside dans ce que j’appelle « le dernier mètre », c’est-à-dire la relation humaine.

Enfin, le troisième enjeu est celui de la transparence. Nous devons être toujours plus transparents sur les prix, mais aussi sur la qualité des logements.

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