On estime que 60 % des franchiseurs utilisent déjà l’IA, selon la 21e édition de l’enquête annuelle de la Banque Populaire réalisée avec la FFF et Kantar, soit une hausse de 24 points en un an. 87 % estiment même qu’elle est devenue incontournable. Mais quels en sont les usages ? Les plus répandus concernent l’automatisation des tâches administratives (73 %), la création de contenu (70 %) et l’analyse data client (52 %). Des tendances que l’on retrouve dans les stratégies déployées par des enseignes comme Côté Sushi ou Fitness Park.
Optimiser l’exploitation au quotidien
Chez Côté Sushi, le recours à l’IA répond d’abord à un impératif de gestion des ressources humaines. L’enseigne, qui compte une centaine de restaurants, s’est d’abord approprié l’IA pour optimiser son SAV. « Nous sommes en train de développer un chatbot dédié au client. L’idée, c’est qu’un client qui veut passer une commande, ou qui a une réclamation sur une facture ou autre, puisse avoir une réponse automatisée », explique Emmanuel Taïb, CEO de Côté Sushi.
Pour aller plus loin, l’enseigne ambitionne également d’améliorer sa gestion interne grâce à l’IA, avec la mise en place d’un système de planification automatisée croisant les contraintes individuelles des équipes et les besoins opérationnels du restaurant. « Concrètement, je vais pouvoir rentrer les contraintes individuelles dans le logiciel, puis les contraintes du magasin (le nombre d’heures dont j’ai besoin en cuisine, en salle, en employé polyvalent, etc.) Et la machine est capable de nous donner une planification intelligente, en prenant en compte tous ces paramètres », se réjouit le CEO.
Le dispositif permet aussi de suivre les temps de travail, et de détecter les écarts. « Il synchronise les pointages et nous affiche les erreurs : non-respect du repos hebdomadaire, du nombre de services attendu par effectif, dépassement du temps de travail quotidien… Tout cela, ce sont des règles du droit du travail que nous devons respecter, et on rajoute à cela d’autres contraintes propres à notre activité. »
Le réseau, composé à 70 % en succursale, mise désormais sur un développement en franchise. L’enseigne attend cependant de valider les essais de ces systèmes d’IA avant de les appliquer aux franchises. « Nous attendons d’avoir des retours solides avant de proposer quoi que ce soit aux franchisés », poursuit Emmanuel Taïb, qui nous indique prévoir un déploiement en fin d’année 2025.
La data pour ajuster le concept
Autre secteur, autre usage. Chez Fitness Park, c’est l’exploitation des données qui guide les décisions d’aménagement des clubs. Grâce à Google Vertex et aux caméras de surveillance, l’enseigne mesure l’usage réel de chaque machine dans ses salles pilotes.
« Avant, on se basait sur des ressentis ou des retours clients. Mais ce n’était pas la vraie data. Là, on sait précisément quelles machines sont utilisées ou pas. Nous estimons être arrivés au bout du besoin, à savoir avoir la donnée nécessaire pour prendre les bonnes décisions », résume Thomas Mendonça, directeur général en charge du réseau de franchise, du marketing, du concept et de la partie technologie.
Tout comme Côté Sushi avec son chatbot, Fitness Park explore l’IA générative, avec des applications concrètes. En effet, les équipes ont récemment basculé de ChatGPT à Google Gemini pour les assister dans leurs tâches. « Et il y a encore 3 ou 4 mois, Gemini n’était pas du tout aussi puissant que ChatGPT. Mais ils ont fait des progrès assez monstrueux, indique Thomas Mendonça. Nous déployons progressivement Gemini sur des cas d’usage concrets : des agents pour accompagner l’équipe marketing, et l’équipe IT et développement. Nos équipes de développeurs travaillent beaucoup avec l’IA pour créer des produits et mettre en place de nouvelles fonctionnalités. »
L’IA contre le gaspillage alimentaire
Dans la grande distribution, le gaspillage en rayon représente jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires sur le frais. Pour y remédier, des enseignes comme Auchan, Leclerc ou encore Super U ont fait appel aux services de la start-up Smartway, qui propose une réponse basée sur l’IA pour revaloriser les produits en fin de vie. Concrètement, les outils Smartway repèrent les dates courtes et prescrivent le meilleur mode de valorisation (don, remise, retrait de rayon), tout en évitant la vente de produits périmés.
En 2024, l’entreprise est allée plus loin en déployant une solution visant les produits frais, davantage concernés par le gaspillage. « Ici, l’IA va définir les bons stocks, expliquait Gatien Le Mestre, Sales Manager France chez Smartway, lors du salon Tech for Retail en novembre dernier. Elle permet de passer la bonne commande en prenant en compte l’historique des ventes, la météo et les prévisions de la demande. » La start-up affiche des résultats prometteurs après l’utilisation de ses solutions avec +3 % d’augmentation des ventes, -25 % de casse alimentaire, et +7 % de rapidité sur l’inventaire.
L’usage de l’IA est cependant moins développé du côté des franchisés, qui sont tout de même 22 % à se servir d’outils d’IA générative (comme ChatGPT) dans leur activité (+15 points en 1 an), d’après l’étude Banque Populaire.