Aujourd’hui, sur quel segment de marché êtes-vous positionnés ?
Stéphane Omer : Nous nous adressons aux seniors. Cela dit, nous avons déjà travaillé avec d’autres publics, comme des accidentés de la route, des femmes enceintes pendant le Covid, orientées par des assistantes sociales… Il y a beaucoup de pistes possibles. Mais dans les faits, 99,9 % de nos clients sont des personnes âgées, à domicile ou en résidence services. Nous n’intervenons pas en EHPAD ni en maisons de retraite. Notre cœur de métier reste le portionnage individuel, principalement au domicile des particuliers. Notre mission, c’est d’accompagner les personnes âgées le plus longtemps possible à leur domicile, avec de la qualité, y compris dans les zones rurales les plus reculées. Dès que nous couvrons un territoire (en propre ou en franchise), nous couvrons l’intégralité de la zone, sans exception.
Vous vous positionnez plutôt comme un service premium ?
S.O. : Nous avons un service premium qualitatif, mais avec un prix très compétitif. Depuis 2022, nous produisons nous-mêmes nos repas. Là où beaucoup de nos concurrents achètent leurs repas à des cuisines partenaires (avec une marge intermédiaire), cette marge a disparu chez nous, au profit du client final. Aujourd’hui, un repas complet livré à domicile coûte 13,20 euros : potage, entrée, plat, légume, fromage, dessert et pain. Grâce au crédit d’impôt “service à la personne”, le reste à charge descend à environ 10 euros par repas.
Clémence & Antonin.
Comment voyez-vous évoluer le marché ces dernières années ?
S.O : On parle beaucoup du “papy boom”, mais je n’observe pas encore d’explosion. Je pense qu’il va y avoir un décalage dans le temps. Les gens vieillissent mieux et en meilleure santé. En 2013, on entrait dans le dispositif à 76 ou 78 ans. Aujourd’hui, c’est plutôt 84 ou 85 ans. Les clients arrivent plus tard et restent moins longtemps. La croissance est bien là, mais progressive. La base de clientèle augmente chaque année. Mes propres parents sont en plein dans le “papy boom” et ne font toujours pas appel au portage de repas. Et tant mieux, cela signifie qu’ils vont bien.
Quelles ont été les étapes clés de votre développement récent ?
S.O : La croissance de 2025, autour de 10 %, est principalement liée à l’obtention de marchés publics, notamment à Tours. Mais le vrai tournant stratégique date de 2020, pendant le Covid, lorsque nous avons décidé d’investir dans notre propre unité de production culinaire. Six millions d’euros ont été investis pour créer notre cuisine centrale, opérationnelle depuis février 2022. Trois ans plus tard, nous manquons déjà d’espace. Nous avons donc investi plus de deux millions d’euros dans un nouveau siège social pour libérer de la place et transformer nos locaux actuels en chambres froides, afin d’accompagner le développement du réseau.
Clémence & Antonin.
Combien d’agences comptez-vous et comment définissez-vous les territoires de franchise ?
S.O : Nous avons trois agences en propre et trois agences en franchise. En 2026, nous ouvrirons également Royan, Angoulême et une première implantation en région parisienne. Notre objectif est d’ouvrir quatre à cinq agences par an, sans sacrifier la qualité du recrutement des franchisés. Nous avons abandonné la logique départementale. Aujourd’hui, nos zones correspondent à des bassins de 38 000 à 42 000 habitants de plus de 75 ans, sur la base de données de l’Insee. C’est plus équitable, plus transparent et juridiquement solide dans le cadre de la loi Doubin.
Comment voyez-vous l’avenir du marché ?
S.O : Si les projections de l’Insee se confirment, nous avons devant nous 15 à 20 ans de croissance portée par le “papy boom”. Je suis très confiant pour l’avenir du portage de repas à domicile sur cette période. Au-delà, il faudra continuer à innover et à s’adapter. Mais ce sera à la génération suivante de prendre le relais.