C’est une innovation présentée comme un tournant dans l’essor du commerce en ligne. Pour Nicolas Faucon, le commerce agentique, c’est-à-dire quand l’IA intervient dans le parcours d’achat, est la « suite logique » de l’évolution du commerce : « C’est une continuité de ce que l’on voit dans l’IA depuis maintenant quelques années. Le commerce agentique va faciliter le parcours d’achat pour que l’utilisateur n’aille pas chercher sur une dizaine de sites le produit idéal, mais que l’agent fasse tout à sa place. »
Ici, l’intelligence artificielle ne se contente plus de conseiller, mais permet de réaliser elle-même l’acte d’achat. D’après lui, cette évolution n’est pas un simple effet d’annonce : « Aujourd’hui c’est en bêta, mais cela va forcément arriver et bouleverser le marché du paiement, et celui de l’e-commerce ».
Une nouvelle porte d’entrée commerciale
Pour les commerçants, cette innovation représente autant une opportunité qu’un défi. « L’avantage, c’est que cela ouvre une nouvelle porte d’entrée et moins de dépendance à Google pour les commerçants. Le mauvais côté, c’est que cela implique des budgets et de la connaissance technique », estime Nicolas Faucon.
Selon lui, la place grandissante qu’occupent les IA dans le commerce va pousser les enseignes à optimiser leur référencement, comme elles le faisaient jusqu’alors sur Google, même s’il estime qu’il ne s’agit pas d’un remplacement immédiat. « Il n’y a pas à choisir l’un ou l’autre pour l’instant. Google reste très puissant », rassure-t-il.
Mais l’arrivée du paiement intégré rebattrait aussi les cartes pour les acteurs du paiement. « Le PSP (prestataire de services de paiement, ndlr) perd un petit peu de son importance, même si c’est toujours lui qui gère la transaction et toute la partie réglementaire » explique-t-il. L’enjeu pourrait devenir stratégique pour les fintechs et PSP européens, qui devront rapidement adopter les nouveaux standards développés par OpenAI et Stripe.
Les commerçants doivent déjà se préparer
Au-delà du paiement, l’un des enjeux majeurs va être celui de la visibilité dans les réponses des IA. « L’optimisation pour les IA, c’est une discipline naissante. Il faut se poser la question de comment faire ressortir ses produits sur ChatGPT ou Perplexity ».
Si les grandes lignes ressemblent au référencement classique, certains critères évoluent. « Un LLM (Large Language Model, modèle d’apprentissage automatique, ndlr) va chercher de l’information fiable et complète, des avis clients, des citations, rappelle Nicolas Faucon. Les marques devront être capables de faire parler d’elles, sur des forums par exemple. »
Face à ces transformations, Nicolas Faucon appelle les commerçants à ne pas attendre. « Les fondamentaux restent les mêmes : optimisation, contenu de qualité, chouchouter les clients, obtenir des avis insiste-t-il, tout en rappelant un écueil courant. Le marketing est souvent le premier budget à passer à la trappe, mais ce serait dommage de louper le coche ».
Il recommande aussi de discuter dès maintenant avec son PSP : « Est-ce que mon PSP actuel a déjà ce protocole en tête ? Est-ce qu’ils regardent ce qui se passe aux États-Unis ? Ce sont des questions à se poser ».
Vers une adoption en Europe ?
Si les États-Unis ouvrent la voie, l’arrivée du paiement intégré en France prendra plus de temps. « En Europe, on est extrêmement bien protégés avec le RGPD. Il y aura des barrières réglementaires à passer avant que le commerce agentique n’arrive » estime le directeur des opérations de Veracash.
Il souligne le contraste avec le marché américain. « Pour les entreprises, l’IA ce n’est même plus un sujet : ce n’est pas ‘est-ce qu’on y va ?’, mais ‘quand est-ce qu’on y va ?’. Tandis qu’en France, on est encore en train de se demander où sont stockées les données ».
Au-delà du cadre légal, c’est aussi la culture technologique française qui pourrait ralentir l’adoption. « En France, nous sommes frileux, et certainement à juste titre sur nos données personnelles. Est-ce qu’on va être capable de confier nos habitudes d’achat à une IA ? ».
Tout l’enjeu sera d’observer si les usages dépassent le stade de la curiosité. « Là, on l’a tous à portée de main. Quel va être le taux d’adoption ? Car c’est une vraie révolution. Cela va être très intéressant à suivre. En tout cas, il faut se préparer » conclut Nicolas Faucon.
*Veracash est une plateforme qui permet de gérer, payer et transférer des métaux précieux physiques via un compte en ligne.