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Crise : quel candidat est aujourd’hui chassé ?

, par Nicolas Monier

Le recrutement digital a été une figure imposée mais somme toute pas vraiment naturelle. Face à la crise économique et sanitaire, quelles sont désormais les attentes des enseignes ? Les candidats abondent et les meilleurs sont toujours les plus recherchés. On vous explique ce qui a changé.

Avec la crise, le candidat à la franchise a pu, un temps, être décontenancé. Les reports successifs et finalement l’annulation du salon Franchise Expo Paris ont privé les enseignes et les porteurs de projets d’une authentique rencontre physique. “Les enseignes, faute de salons et d’autres événements physiques possibles, se sont alors tournées vers des opérations digitales (webinaire, salons digitaux, mais aussi et surtout, ont investi sur leurs propres médias, site de recrutement dédiés, campagnes Google Ads ou LinkedIn, etc). Cela a permis de continuer le développement mais on commence à voir les limites du 100 % digital. Cela suffit à faire arriver un candidat en bout de ligne. Mais cela ne suffit pas à se sécuriser à 100 % et signer”, explique Sylvain Bartolomeu. Et le dirigeant associé du cabinet Franchise Management d’ajouter : “pour digitaliser, il a donc également fallu fluidifier les process de recrutement, apprendre à aller à l’essentiel, utiliser des outils qui permettent d’accélérer la prise de décision (favorable ou non).”

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Recrutement digital

On va le voir, le recrutement digital reste un exercice compliqué pour l’enseigne comme pour le candidat. Chez Domino’s Pizza, l’équipe dirigeante a mis en place des entretiens en visioconférence dans les premières étapes du recrutement. Étape qui ne semble pas remplacer toutefois un échange en présentiel. “Nous organisons, dans la mesure du possible, et compte tenu des contraintes sanitaires, des journées de bienvenue : il reste très important d’interagir en face à face pour avoir une communication complète”, note Olivier Tellechea, directeur du développement Domino’s Pizza France. La majorité des enseignes ont opté pour ce type de recrutement digital. Pour le candidat, la possibilité de mettre un premier pied chez le franchiseur face aux contraintes sanitaires. L’enseigne Babychou a ainsi développé, dès avril 2020, des “Babychou tours”. Des rencontres en visioconférence avec des candidats d’une zone géographique donnée.

“Cela a plutôt bien fonctionné, nous avons pu ainsi signer la moitié de nos nouveaux franchisés de l’année dernière soit cinq personnes. Les premiers rendez-vous se sont quasiment tous déroulés en visio-conférence et pour une partie des candidats seulement, un entretien de visu a eu lieu en plus”, note Claire Lanneau, fondatrice et dirigeante de Babychou Services.

Les enseignes ont souhaité rendre leur manière de communiquer plus percutante et évangéliser leur marque le plus possible. Digital toujours chez RNPC qui communique régulièrement sur différents médias comme LinkedIn ou Facebook afin de proposer un premier rendez-vous téléphonique aux candidats pour leur expliquer plus en détail leur concept. “Nous avons également dématérialisé la signature de notre DIP [document d’information précontractuel] pour qu’elle soit faite par voie électronique. Ces modifications de notre processus de recrutement se sont finalement installées définitivement dans notre approche des candidats et nous permet aujourd’hui d’être plus réactif pour ces derniers”, explique Thibault Legrand, développeur réseau du groupe Éthique et Santé, exploitant le réseau RNPC.

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Des candidats agiles

On le voit, les modes de recrutement ont changé. Pour les porteurs de projet, la maîtrise du digital et de ses codes s’impose absolument. Mais avec la crise sanitaire, les enseignes ont-elles revu leur profil de candidat recherché ? Il semblerait d’emblée, dans un premier temps, que non. “Nous n’attendons pas plus de choses qu’auparavant ! La relation franchiseur/franchisé doit être basée sur une confiance commune et sur ce même désir d’avancer ensemble dans un secteur qui fait sens”, explique Sébastien Cogez, directeur délégué d’Apef. Même constat du côté de chez Babychou pour qui la crise sanitaire n’aura pas fait évoluer le profil du candidat recherché. “Nos attentes n’ont pas changé. Nous cherchons toujours des personnes qui sont motivées par l’entrepreneuriat et qui ont confiance en notre enseigne et en notre marque”, poursuit Claire Lanneau. Un scénario identique chez RNPC pour qui la pandémie, n’a pas impacté les attentes que l’enseigne place dans ses candidats. “Nous sommes toujours à la recherche de personnes motivées qui ont la volonté d’entreprendre”, note Thibault Legrand. Pourtant, en interrogeant certains experts, il semblerait que la lecture soit moins similaire. “Le contexte économique post-Covid-19 ne sera très certainement pas un long fleuve tranquille. Les franchiseurs vont avoir besoin d’agilité, de franchisés locomotives qui les aident à faire avancer le réseau”, remarque Sylvain Bartolomeu.

Flexibilité et adaptabilité

Une analyse partagée par l’enseigne Franprix qui donne sa nouvelle grille de lecture en matière de recrutement. “Nous attendons davantage de flexibilité et d’adaptabilité après cette crise. Le commerce de proximité pendant cette pandémie sera probablement encore différent. Nous attendons donc de ces futurs chefs d’entreprise un esprit d’initiative et une remise en question permanente”, remarque Emmanuel de Courrèges, directeur de la franchise chez Franprix. Dans certains secteurs sinistrés, les candidats ne se sont pas bousculés au portillon. On pense par exemple à celui des salles de sport pour lequel le nombre de candidats s’est drastiquement amenuisé. Pourtant, en dépit du contexte, le marché repartira en sortie de crise. “Un chef d’entreprise doit être par nature optimiste, calme et alerte. Cette crise est un révélateur des caractères. Nous mettons l’accent sur cette prise de conscience, un entrepreneur gère une multitude de problèmes, d’évènements dans son quotidien, il doit se les approprier et se battre jusqu’à leur résolution. La crise est une preuve vivante !”, note Tanguy Saillant, directeur général adjoint développement (franchise & succursales) chez Keep Cool. Un profil de candidat impliqué dans la société. Le cas de Domino’s Pizza fait d’ailleurs écho à cette nouvelle lecture. “Beaucoup de franchisés ont mis en place des initiatives solidaires pour aider les professions dans cette période difficile, notamment les personnels soignants. Ces valeurs communes sont aussi très importantes et recherchées dans le profil de nos nouveaux chefs d’entreprises”, remarque Olivier Tellechea, directeur développement du réseau Domino’s Pizza France.

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Une évolution structurelle

De son côté, Laurent Kruch, directeur fondateur de Territoires & Marketing, note, qu’avec la crise, il est compliqué d’aider chaque franchisé. Le candidat devra forcément être plus actif et bien plus autonome. “Je pense qu’au-delà de la crise actuelle, nous faisons face à une nouvelle génération de chefs d’entreprises. Ce sont des personnes qui resteront sur une période courte. Le franchisé qui signe pour se faire une retraite, c’est fini !” Face à ce changement, pour lui structurel, le candidat peut s’attendre à voir des réseaux prêts à lui lâcher un peu plus la bride si cela permet de faire vivre et ainsi dynamiser l’enseigne. “La seule application du savoir-faire n’est plus un critère. C’est un combat que la tête de réseau est prête à perdre pour donner plus de latitude au candidat qui fera progresser le business”, ajoute Laurent Kruch qui remarque que les marques vont chasser du côté des profils de candidats multi-projets. “Pendant les confinements, les franchiseurs ont opté pour de la croissance interne via la multi ou la pluri-franchise. Pour le chef d’entreprise, cela a été l’opportunité de grossir au sein du réseau”, note l’expert. Avis aux candidats, il semblerait que la crise sanitaire et économique mette sur le marché beaucoup plus de porteurs de projets. Tout n’est donc pas acquis. C’est le cas pour Domino’s Pizza qui a enregistré 20 % de demandeurs d’informations en plus comparativement à N-1. “La crise que l’on connaît aujourd’hui entraînera inévitablement des licenciements économiques et la possibilité pour ces anciens salariés de bénéficier d’un capital pour entreprendre”, poursuit Olivier Tellechea. Un constat partagé par Laurent Kruch pour qui le recrutement a été très soutenu pendant ces différentes périodes. “Les plans économiques ont renforcé le nombre de porteurs de projet. Il n’y a pas de crise de candidats. Les enseignes se battent toujours pour avoir les bons entrepreneurs d’autant que les modes de financement sont nombreux. Même dans le contexte actuel.”

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Être rassuré

Si le nombre de candidats a augmenté, la réponse des enseignes est aussi différente. “Ce qui change, ce sont les réponses que nous apportons car elles prennent en considération l’actualité liée à la pandémie, le contexte juridique et légal s’y référant, mais aussi l’ensemble des services et outils disponibles si demain nous devions à nouveau faire face à un nouveau confinement par exemple”, précise Sébastien Cogez. Les candidats veulent être rassurés. Certains en font même la demande expresse.

“Les questions sur le financement sont plus précises. Celles sur l’accompagnement du franchiseur concernent la formation, l’assistance pendant l’activité et l’impact des fermetures sur l’activité”, note Maryline Gavoille, chargée de développement chez Aviva Cuisines.

Pour le candidat, il peut être intéressant de voir comment le franchiseur a accompagné ses franchisés durant la crise. Selon Sylvain Bartolomeu, cette information est riche d’enseignements car elle montre le comportement du capitaine durant la tempête. “On sait tous plus ou moins que les mentalités ont été impactées par cette crise et que les cartes du commerce physique vont être redistribuées. Comment le franchiseur voit-il l’après Covid-19 pour son enseigne, comment voit-il son savoir-faire et son réseau ?”, note l’expert. Face à la crise, en toute logique, le candidat ira au plus simple. En tant que futur chef d’entreprise, vous pouvez d’ores et déjà faire votre marché auprès des modèles les plus résilients. “Plus les projets de franchise seront simples et sembleront moins risqués pour l’entrepreneur, plus ils attireront des candidats. Les franchiseurs doivent donc simplifier l’accès à la franchise, valoriser les process d’accompagnement qui minimisent le risque des candidats”, conclut Sylvain Bartolomeu.

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Nicolas Monier
Journaliste


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