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Devenir franchisé : ai-je vraiment le bon profil ?

, par Camille Boulate

Avec la crise, les Français ont montré leurs velléités d’entreprendre. Selon l’Insee, l’année 2021 a atteint un nouveau record en matière de créations d’entreprises, avec près de 996 000 nouveaux entrepreneurs sur 12 mois. Parmi les modèles plébiscités, la franchise apparaît comme rassurante. Mais avant de passer le cap, il faut s’assurer d’être fait pour ça.

Devenir entrepreneur est une chose, devenir franchisé en est une autre. On le répète assez régulièrement dans nos colonnes, si la franchise permet d’entreprendre de manière plus sécurisante et plus sereine en s’adossant à une enseigne au concept éprouvé, elle ne s’adresse pas à tous les profils. Et si jamais le modèle vous séduit, il faut impérativement vous interroger sur ce qu’implique d’être franchisé. Pour éviter toute déconvenue une fois votre contrat de franchise signé et l’activité lancée.

“Il y a un vrai travail d’introspection à effectuer car devenir franchisé est extrêmement engageant, affirme d’emblée Sylvain Bartolomeu, président et directeur général associé du cabinet Franchise Management. Il faut donc se demander si l’on a envie de rentrer dans un collectif qui peut prendre des décisions ou des voies différentes de ce que l’on voudrait. C’est le propre de la franchise : être capable d’entreprendre tout en vivant au sein d’un réseau. Et de voir des décisions être prises en faveur du réseau mais qui ne sont pas en totale adéquation avec les siennes.”

Cet esprit réseau, pourtant primordial, est bien souvent négligé par le candidat et peut être la source de divers conflits entre franchisés et franchiseurs. “Se poser la question de ce qui va vous pousser, en tant qu’entrepreneur, à basculer vers la franchise est primordial, ajoute Olga Romulus, expert-comptable chez Fiducial. Bien souvent, cette démarche sous-entend que l’on ne veut pas se lancer seul et ne pas subir l’isolement de l’entrepreneur. Mais il faut aller plus loin, car le franchisé a des devoirs.” L’un des plus logiques reste le respect strict du concept. En franchise, vous ne pouvez pas faire ce que voulez. Si l’enseigne adopte un code couleur, vous devez vous y plier. Autre exemple : vous devrez certainement respecter un cahier des charges en matière d’approvisionnement, soit en passant par la centrale d’achats du réseau, s’il en possède une, soit en faisant appel aux fournisseurs référencés.

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Devenir son propre patron

Autre point essentiel : en tant que franchisé vous devez suivre l’ensemble des évolutions du concept apportées par le franchiseur au fil du temps, nécessitant parfois de vous former davantage ou de modifier votre point de vente. Si vous avez davantage l’envie travailler seul et de prendre l’ensemble des décisions, il est fort probable que le modèle de la franchise ne vous convienne pas. Les experts conseillent donc, avant se s’orienter vers la franchise, de faire le point sur ses envies et sur les concessions que vous êtes prêts à faire une fois le réseau intégré.

Il faut avoir en tête que, en tant que franchisé, vous n’avez pas créé le concept et donc il y aura un certain nombre de contraintes à accepter, ajoute de son côté Laurent Delafontaine, fondateur du cabinet Axe Réseaux. Généralement, avant d’intégrer un franchisé on mesure son taux de créativité. Plus un franchisé va être créatif et vouloir prendre ses décisions, plus il sera malheureux dans un réseau de franchise. Si vous intégrez une enseigne de restauration mais que vous passez votre temps à vouloir réinventer les recettes, clairement, le franchiseur ne sera pas content et cela montre que ce modèle n’est pas fait pour vous.”

Aussi, avant de passer le cap, il est clairement nécessaire d’acter que vous êtes fait pour devenir votre propre patron. Et ainsi d’avoir ce fameux esprit entrepreneurial souvent cité. “Cela signifie qu’il faut être capable d’avancer en terrain inconnu, de faire preuve de résilience mais aussi d’automotivation. Avoir un esprit de compétition et la capacité à se relever est également primordial”, liste Sylvain Bartolomeu.

“Il est aussi important de valider la capacité de donner du temps à un projet, sa capacité financière mais aussi de comprendre qu’il n’y a plus cette sécurité que pouvait offrir le salariat, une grande majorité des entrepreneurs étant d’anciens salariés”, conseille Caroline Morizot, fondatrice du cabinet CM Franchise.

En fonction du secteur d’activité et du concept que vous rejoindrez, avoir une expérience managériale peut s’avérer essentielle pour réussir. Surtout dans des domaines nécessitant beaucoup de collaborateurs, comme la restauration ou bien les services à la personne. “Être manager signifie aussi avoir de l’empathie, savoir travailler en équipe et les motiver. Si votre future enseigne privilégie des équipes courtes, mais avec une dimension commerciale très forte, être avenant et aimer la relation client sont deux qualités primordiales”, analyse Sylvain Bartolomeu.

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Capacité financière et soutien familial

Valider votre capacité à entreprendre et à devenir franchisé n’est pas la seule étape dans votre parcours. Pour déterminer si vous avez véritablement le profil pour rejoindre une enseigne qui se développe en franchise, il faut également vous interroger sur l’argent que vous pourrez mobiliser pour votre projet. Selon les concepts, il est possible que l’investissement global s’avère élevé. Plus globalement, certains experts alertent sur le fait qu’entreprendre en franchise peut s’avérer plus coûteux qu’une création classique, puisque cela nécessite de nombreux frais annexes liés à l’enseigne (droits d’entrée, redevances, travaux spécifiques, mobilier imposé, etc.). “L’investissement de départ existe quel que soit le type d’entreprise, mais en franchise vous payez le concept”, concède Olga Romulus. Avant donc de choisir l’enseigne et de vous engager, assurez-vous que vous cochez toutes les cases en matière de financement. “Renseignez-vous sur les réseaux qui sont accessibles selon vos moyens financiers. C’est crucial”, alerte Caroline Morizot.

“Il faut avoir les moyens de ses ambitions, affirme quant à elle Olga Romulus. Une fois que vous avez fait le bilan des secteurs qui vous attirent et ceux que vous ne voulez absolument pas rejoindre, il faut avoir le courage de se dire que son apport ou sa capacité d’investissement ne colle pas à certains concepts. C’est important pour la réussite du projet.”

Laurent Delafontaine ne dit pas le contraire. Le fondateur d’Axe Réseaux assure : “Savoir si on est fait pour être franchisé c’est connaître ses limites financières. On peut adorer l’hôtellerie mais si vous n’avez pas les moyens qui correspondent aux exigences du franchiseur et au modèle économique du concept, cela ne marchera jamais.” Surtout, pour que votre projet soit couronné de succès, avoir le soutien des proches et de la famille est primordial. L’âge moyen des franchisés, selon les chiffres de la Fédération française de la franchise, est de 47 ans. Logiquement, les candidats ont donc un passé professionnel et bien souvent une situation familiale. “C’est un environnement familial que l’on va emmener avec soi dans le projet. Il ne faut donc pas sous-estimer l’importance du soutien des proches”, affirme Olga Romulus. Un avis partagé par Laurent Delafontaine, pour qui le futur franchisé ne doit pas hésiter à les interroger sur son projet.

“L’entourage doit adhérer, c’est certain. Questionner les proches sur le choix de l’enseigne et du secteur d’activité est aussi important. Car s’ils vous disent que vous faites fausse route ou que cela ne vous correspond pas du tout, il faut savoir les écouter et peut être affiner votre projet”, insiste le fondateur du cabinet Axe Réseaux.

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Attention au métier passion !

Dans le choix de votre enseigne, vous devez également être vigilant. Car tous les concepts ne correspondront pas à votre profil, vos compétences et vos attentes. “Allez voir des patrons pour vous renseigner, conseille Sylvain Bartolomeu. Qu’ils soient franchisés ou non, du secteur visé ou non. Mais interroger des chefs d’entreprise sur leur quotidien vous montre si vous êtes prêts à endosser ce rôle-là.” Attention également au métier passion ou au coup de cœur pour un concept. Ayez en tête toutes les contraintes liées à la profession et au secteur. “L’ennemi juré du candidat à la franchise c’est l’effet coup de cœur. Ce n’est pas parce qu’une enseigne vous a tapé dans l’œil qu’il ne faut pas aller plus loin ni comparer”, affirme Laurent Delafontaine. Et ce dernier d’ajouter :

Il y a des franchises et des concepts où les conditions physiques sont plus lourdes. En boulangerie, par exemple, vous devez vous lever tôt. En restauration assise, vous pouvez être amené à travailler en coupure, davantage le soir ou le week-end. Tout cela peut être déstabilisant pour vous et votre entourage.”

Autre exemple : vous pouvez être un passionné de fleurs et vouloir ouvrir une franchise dans ce domaine. Mais ayez en tête les difficultés inhérentes au métier. “Les franchisés le disent tous : le pire dans ce secteur c’est de travailler dans le froid et l’humidité. Il faut être prêt à le supporter”, affirme le fondateur d’Axe Réseaux. Et Olga Romulus ne dit pas autre chose : “Le métier passion, on ne le regarde pas forcément du bon côté de la lorgnette quand on est candidat. Alors qu’il faut vraiment se poser les bonnes questions. Notamment en ce qui concerne le management. Si vous n’aimez pas manager, il faudra choisir le concept en conséquence pour qu’il réponde au mieux à vos attentes”, insiste l’expert-comptable chez Fiducial.

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Pas de profil idéal

Quand on interroge les têtes de réseaux sur cette question clé des profils, les qualités managériales et l’esprit commerçant sont d’ailleurs deux prérequis régulièrement cités et recherchés. Plutôt que l’expérience dans le secteur d’activité visé. “Nous voulons des profils de commerçants. Ce n’est pas très original, j’en conviens, mais c’est une qualité absolument indispensable, admet Arnaud Guérin, co-président et directeur de l’enseigne Cash Express. Avoir le sens du management est également important car il y a la nécessité de superviser des équipes de 3 à 10 salariés selon la surface du magasin. Outre ces deux aspects, nous avons la capacité d’accompagner des profils venant de tous horizons.” Régis Halbert, directeur du développement et recrutement franchise pour les réseaux Brioche Dorée et Le Fournil de Pierre ne dit d’ailleurs pas autre chose.

“Une équipe, ça se travaille et se fidélise. Nous avons donc besoin de profils qui ont cette fibre managériale pour écouter, fidéliser et accompagner les équipes convenablement, assure-t-il. Pour le métier, nous arrivons à les former.”

Et c’est véritablement là, la plus-value de rejoindre une enseigne en franchise : pouvoir intégrer un secteur d’activité inconnu. “Avoir une appétence pour le domaine visé est nécessaire. Mais ce n’est pas un prérequis pour les enseignes. En franchise, on ne recherche pas des experts. Et c’est une formidable occasion de se reconvertir”, explique Sylvain Bartolomeu. C’est d’ailleurs, selon la dernière enquête de la Fédération française de la franchise réalisée avec Banque Populaire, le cas pour la grande majorité des candidats.

72 % des franchisés sont d’anciens salariés. Si tel est votre cas, intégrer un réseau apporte bien des avantages et peut s’avérer rassurant pour entreprendre plus sereinement.

Mais un dernier point n’est pas à négliger : la relation avec votre futur franchiseur. Vous signerez un contrat sur plusieurs années. Il est donc essentiel que vous vous entendiez bien avec les membres de votre réseau. Jean-François Feuillette, fondateur de l’enseigne de boulangeries Feuillette, insiste d’ailleurs sur son point. “À chaque fois que je reçois un candidat, je me pose la question si je suis capable de faire un trajet Paris-Marseille en voiture avec lui. Car le feeling et comment on s’entend avec les futurs candidats est essentiel pour leur réussite mais également la nôtre.” Vous l’aurez compris, le profil idéal pour se lancer en franchise n’existe pas. Mais de nombreux aspects s’appréhendent avant de se jeter dans le grand bain !

Camille Boulate

Camille Boulate


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