Analyses Bio

Distribution bio, le nouvel eldorado ?

, par Nicolas Monier

Dans un contexte de crise sanitaire, le bio a surperformé dans la distribution spécialisée et classique. Face à cette situation, les concepts de proximité urbaine et rurale se calquent aux tendances : circuits courts et “locavorisme”. C’est sans doute le bon moment pour lancer son projet.

Plusieurs enseignes bio ont récemment publié leurs résultats pour l’année 2020. Force est de constater, qu’en dépit de la crise sanitaire, ces dernières ont profité d’un engouement des Français pour le mieux manger. Naturalia, Biocoop ou encore La Vie Claire ont toutes affiché des progressions de CA à deux chiffres. Tout récemment, l’Agence bio vient, de son côté, de publier son baromètre annuel sur la consommation des produits biologiques en France. Nous avons souhaité faire le point sur les comportements des consommateurs dans leur choix de canal de vente.

Tout d’abord, force est de constater que la grande surface reste le canal d’achat, tous produits confondus, le plus utilisé (74 % vs. 77 % l’année dernière). Cependant on assiste à une montée des producteurs locaux/de la ferme (26 % vs 20 % en 2019). “1 consommateur sur 10 n’est pas retourné acheter des produits bio en GMS [grande et moyenne surface] après le confinement”, explique le baromètre. Avant de poursuivre : “A la sortie du premier confinement en mai, les consommateurs bio sont encore 1 sur 10 à déclarer avoir de nouveaux lieux d’achat, sans pour autant acheter moins de produits bio qu’avant le confinement. Ce résultat laisse présager que ces comportements d’achat vont perdurer.”

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Il faut avoir ce chiffre en tête. Depuis trois ans, plus de la moitié des Français (54 %) ont modifié leurs comportements alimentaires. Six personnes sur 10 ont même fait évoluer leur alimentation dans ce domaine pendant la crise sanitaire. Ce qui laisse présager de futures bonnes années pour les enseignes alimentaires spécialisées. Pour rappel, La Vie Claire a affiché un CA de 385 millions d’euros en 2020 (+16 %) tandis que Biocoop, sur la même période, a enregistré des revenus de 1,62 milliard d’euros (+16,6 %). Sur l’année écoulée, Naturalia a réalisé un CA de 395 millions d’euros (+22,4 %). Point commun : toutes ces marques recherchent de nouveaux porteurs de projet pour accélérer leur maillage territorial. Aussi bien en zone rurale qu’en proximité urbaine.

“Les modifications de comportement sont plus marquées chez les femmes (61 %), les 18-24 ans (64 %) et les catégories professionnelles plus aisées (59 %)”, poursuit l’Agence Bio.

Les notions de produits locaux et de circuits courts ont été privilégiés par les consommateurs (59 % de citations, notamment auprès des plus âgés, près de ¾). Parmi les nouveaux comportements de consommateurs cités par l’agence, le “locavorisme”. En somme, un client “découvrant de nouveaux points de vente physiques ou en ligne pour ses courses, privilégiant les circuits courts.” Ce qui conduit notamment à la création de nouvelles enseignes comme le Drive tout nu, enseigne fondée par ancien ingénieur agricole. Celle-ci travaille avec des producteurs locaux qui se situant à moins de 100 km de ses entrepôts. Ou encore Kelbongoo, entreprise fondée par Léa Barbier et Richard Fielding. Après avoir ouvert cinq boutiques en propre dans le Nord-Est de Paris, plus un entrepôt de 800 m2 basé à Montreuil (93), l’enseigne effectue un sourcing produits en Picardie auprès de producteurs, implantés à moins de 250 km de Paris, issus de l’agriculture biologique ou paysanne. En 2022. Kelbongoo s’ouvrira à la franchise pour accélérer son implantation dans louest parisien.

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“Parmi les nouveaux recrutés, les ¾ ont commencé à consommer bio en début d’année 2020, avant la période du premier confinement”, note l’étude.

Signe que la tendance de fond devrait perdurer. Ce n’est pas un hasard, les revenus bio dans la distribution classique ont également fortement progressé. Carrefour a affiché sur le segment bio une croissance de chiffre d’affaires de + 18 % en 2020 à 2,7 milliards d’euros. Objectif pour 2022 : 4,8 milliards d’euros. Au sein du groupe Casino, on est sur la même ligne. Le bio aura généré en 2020 des revenus de 1,3 milliard d’euros, en progression de 12 %.

Pour les candidats de futures enseignes spécialisées, les comportements à venir des clients ont de quoi rassurer. En effet, 80 % des Français envisagent de maintenir leur consommation de produits bio et 11 % de nos concitoyens souhaitent même augmenter cette dernière dans le futur. En revanche, le coût reste encore le point noir de ce marché. “Comme l’année dernière, la moitié de la population (54 %) ne trouve pas normal qu’un produit biologique coûte plus cher qu’un produit non bio”, explique le baromètre. Mais l’Agence bio apporte un bémol au frein du prix. “Ce critère enregistre un recul significatif de 5 points pour les consommateurs plus occasionnels et de 12 points pour les non-consommateurs par rapport à 2019.”

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Nicolas Monier


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