Nouveauté [Podcast] Les voix de l'entrepreneuriat en franchise
Se lancer en franchise

La pluri-franchise, un bon plan pour les entrepreneurs aguerris ?

Face à un marché de la franchise en constante évolution, de plus en plus de franchisés expérimentés s’interrogent sur la possibilité de diversifier leurs activités en s’engageant auprès de plusieurs enseignes. Cette stratégie, appelée pluri-franchise, consiste à exploiter simultanément plusieurs points de vente sous des marques différentes, permettant ainsi de diversifier ses sources de revenus. Mais elle suppose aussi une organisation solide et une capacité d’adaptation à toute épreuve. 

La pluri-franchise désigne le fait pour un même entrepreneur de détenir et d’exploiter plusieurs franchises, mais sous des enseignes différentes (à ne pas confondre avec la multi-franchise, où le franchisé développe plusieurs unités sous une seule et même marque). Une initiative qui n’a pas toujours été vue d’un bon œil par les franchiseurs.

« Il y a 25 ans, la pluri-franchise était dénoncée par les franchiseurs, raconte Jean-Philippe Lajambe, ancien responsable des réseaux du groupe Monceau Fleurs et spécialisé dans le conseil des réseaux de franchise. J’ai été l’un des premiers à pousser mes franchisés à se lancer dans la pluri-franchise. Cela m’a valu des reproches d’autres franchiseurs, furieux de voir leurs franchisés rejoindre notre réseau aussi. »

Si la pluri-franchise a longtemps été perçue comme un signe de désengagement vis-à-vis d’une enseigne, le consultant observe aujourd’hui une évolution sur ce sujet. « Certains modèles économiques ne permettent plus de faire vivre un franchisé avec une seule unité. C’est aussi pour cela que la pluri-franchise est acceptée. »

Diversifier ses actifs

Le profil du pluri-franchisé est généralement celui d’un entrepreneur aguerri, ayant déjà fait ses preuves dans un réseau et souhaitant élargir son champ d’action. C’est le cas de Benoît Been, gérant de plusieurs agences de services à la personne au sein du groupe Oui Care, et fondateur de Meltyhome. « J’ai commencé par ouvrir une agence O2 et cela a vraiment bien fonctionné. J’ai pris goût à l’entrepreneuriat grâce à cette expérience », explique-t-il. Après le rachat d’APEF par le groupe, il décide de profiter de l’opportunité pour diversifier ses actifs : « Il restait peu de zones disponibles pour continuer à s’étendre avec O2. Pour l’APEF, il restait encore des belles zones, sur des villes importantes comme Caen par exemple. »

Au total, il a développé quatre agences O2 (Côte de Nacre, Épron, Bayeux, Cabourg), trois agences APEF (Caen, Caen Est, Caen Nord), et deux agences La Compagnie des Lavandières (Caen et Louvigny), dont certaines avec un associé, Julien Toupé. « Je me suis associé avec quelqu’un pour justement avoir le temps de tout développer. » Pour Benoît Been le développement s’est fait par opportunités successives, en fonction des zones disponibles et des synergies possibles. « L’idée était plutôt d’aller chercher des marques complémentaires que l’on déploie sur un même territoire. Et c’est ce qui est peut-être le plus complexe au quotidien : il faut jongler avec 2 ou 3 personnalités pour respecter l’ADN et les savoir-faire de chaque marque ».

Si la diversification des actifs et la complémentarité de la proposition offrent des avantages indéniables, la pluri-franchise a d’autres atouts. Pour Jean-Philippe Lajambe, l’intérêt majeur de la pluri-franchise réside dans le fait de multiplier les bons emplacements. « Pour créer de la valeur, il faut partir de l’emplacement, estime le consultant. Il est intelligent de trouver d’abord un emplacement intéressant, puis de chercher l’enseigne (…) Vous pouvez avoir une super marque, si vous n’avez pas le bon emplacement, vous aurez des résultats moyens, voire catastrophiques. » C’est notamment sur ce point que la pluri-franchise diffère de la multi-franchise, qui permet principalement d’exploiter un territoire et de bloquer la concurrence.

Quid des risques ?

Le passage à la pluri-franchise n’est cependant pas sans difficultés. Il suppose une capacité à déléguer, mais aussi à absorber une charge organisationnelle importante. « Le risque, c’est la dispersion : du temps, de l’argent et de l’efficacité des investissements, estime Jean-Philippe Lajambe. Il y a tout un travail à effectuer pour qu’un business fonctionne, au-delà de la gestion quotidienne, RH, etc. Il faut aussi s’investir dans la vie associative, dans l’union des commerçants, dans des réseaux de networking, etc. Si vous le faites avec deux ou trois activités, il y a nécéssairement une dispersion ».

Afin de gérer ses entreprises et poursuivre le développement de nouveaux projets, Benoît Been mise sur ses équipes et partenaires. « J’ai vraiment vocation à continuer nos développements et à étendre notre marché. Pour cela, je travaille avec des personnes de confiance sur chacune de mes marques. Je délègue et leur apporte de plus en plus d’autonomie pour me concentrer sur les projets de développement. Car c’est là où, à titre personnel, je prends le plus de plaisir »

Ce pluri-franchisé a même lancé sa propre marque dans l’immobilier, Meltyhome, en 2023. « Mon objectif est de poursuivre le développement de Oui Care, et éventuellement de développer mon propre réseau avec Meltyhome. Et un jour, pourquoi pas, passer de l’autre côté et être à mon tour franchiseur ». Pour Jean-Philippe Lajambe, c’est l’évolution logique de la pluri-franchise. « Je pense que c’est la tendance qui arrive : ils vont mélanger de la franchise et de l’indépendance. C’est le prochain mur qui va être franchi. Certains franchisés seront à la fois franchisés, mais aussi indépendants, sans plus aucune contrainte avec les franchiseurs. »

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