Vous dirigez la Fédération nationale des Boutiques à l’Essai. En quoi consiste ce concept ?
Le principe des Boutiques à l’Essai est simple : permettre à des porteurs de projet de tester leur idée dans un local vacant de centre-ville pendant six mois, renouvelables une fois. À l’issue de cette période, le commerçant peut décider de s’installer définitivement. À ce jour, nous avons lancé plus de 250 boutiques à l’essai et nous enregistrons plus de 80 % de transformation. Cela signifie que plus de huit commerçants sur dix poursuivent leur activité de manière pérenne.
Pourquoi avoir écrit J’ouvre ma boutique ?
En accompagnant des entrepreneurs, je me suis rendu compte qu’ils manquaient d’informations concrètes sur l’ouverture d’un commerce. J’ai regardé ce qui existait en librairie, et je n’ai trouvé aucun ouvrage récent, alors que le commerce a profondément évolué ces dernières années, notamment après la crise sanitaire. Mon objectif n’était pas d’écrire un livre généraliste sur l’entrepreneuriat, mais un guide très ciblé, avec des conseils pratiques, des astuces concrètes et une véritable check-list pour ne rien oublier.
Vous évoquez dix étapes clés. Quelles sont celles que les futurs commerçants sous-estiment le plus ?
La première étape, que j’appelle « Ton pourquoi avant ton comment », est essentielle. Pourquoi veut-on entreprendre ? Qu’a-t-on réellement envie de faire ? Et surtout, comment embarquer ses proches dans l’aventure ? Un projet de boutique ne peut pas être un projet solitaire. Il implique une famille, un entourage, une énergie collective. Beaucoup sous-estiment cet aspect.
Ensuite, il y a la préparation financière. Beaucoup de porteurs de projet ne réalisent pas de véritable prévisionnel financier, ou ne travaillent pas suffisamment leurs chiffres. C’est souvent la cause d’arrêts prématurés au bout d’un an, alors que les difficultés étaient prévisibles sur le papier.
Enfin, on le répète souvent, mais c’est fondamental : l’emplacement fait la différence. Je conseille toujours d’inverser la logique. Il ne faut pas commencer par chercher un local disponible, mais par identifier la rue qui correspond au projet et à la clientèle ciblée. Ensuite seulement, on cherche un local dans cette rue. Il vaut parfois mieux attendre un ou deux mois supplémentaires pour être implanté au bon endroit.
Comment décririez-vous aujourd’hui l’état du commerce de proximité en France ?
Il ne faut pas se voiler la face, certains secteurs vont mal, notamment l’habillement et une partie de la restauration. De nombreuses enseignes ont disparu ou sont en difficulté, ce qui libère beaucoup de locaux. Nous sommes dans une phase de transition entre le commerce d’hier et celui de demain.
Le profil des commerçants évolue également. Autrefois, on faisait carrière dans le commerce. Aujourd’hui, beaucoup abordent la boutique comme une aventure entrepreneuriale parmi d’autres. Si cela ne fonctionne pas, ils changent de voie. Le commerce de demain sera plus interactif. Les concept stores et les formats hybrides se développent déjà.
Vous évoquez l’émergence de nouveaux concepts. Pouvez-vous nous donner un exemple ?
Les co-boutiques sont par exemple très intéressantes. Plusieurs marques partagent un même local et se répartissent les permanences. Cela permet de mutualiser le loyer, de partager les charges, mais aussi de rompre l’isolement. Un commerçant qui se retrouve seul huit heures par jour peut rapidement se décourager, notamment lors de journées sans chiffre d’affaires. La co-boutique permet de partager les réussites comme les difficultés et de conserver du temps pour développer sa marque.
Qu’attendent aujourd’hui les consommateurs d’un commerce de proximité ?
Ils recherchent avant tout de la proximité humaine (être reconnus, écoutés, conseillés). Ils attendent aussi de la disponibilité produit et un vrai accompagnement. C’est là que le commerce physique garde un avantage. Je pense que certaines activités de service et les métiers de bouche qualitatifs ont un réel avenir. Malgré les difficultés, je reste optimiste. Les Français sont attachés à leurs centres-villes. La jeune génération n’est pas uniquement connectée, elle recherche également des expériences physiques.
Avez-vous déjà accompagné des commerçants en franchise ? Qu’est-ce que cela change ?
La franchise offre une structuration déjà en place, avec un modèle économique et une méthodologie. Pour certains profils, c’est un atout majeur. Lorsqu’on ne maîtrise pas tous les aspects d’un concept ou que l’on souhaite être accompagné dans la structuration, la franchise peut sécuriser le projet. Dans un contexte où le commerce de centre-ville est complexe, disposer d’un concept éprouvé est rassurant.
Y a-t-il aujourd’hui des secteurs particulièrement dynamiques ?
La restauration rapide et la street food sont très présentes, notamment dans l’univers de la franchise. Ces concepts sont souvent plus accessibles financièrement, ce qui attire de nombreux porteurs de projet. Cependant, je pense qu’il peut y avoir un phénomène de saturation à terme. Nous sommes encore une fois dans une phase transitoire.