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Conforama : la pérennité de l’enseigne suspendue à l’obtention d’un PGE

, par Camille Boulate

Depuis des semaines, Conforama peine à obtenir un prêt garanti par l’État. Si plusieurs banques sont prêtes à suivre l’enseigne pour assurer sa pérennité, la BNP Paribas refuse d’investir. Parallèlement, le réseau concurrent But a soumis à nouveau une offre de rachat d’une partie du réseau. Explications avec Mohammed Chadli, délégué syndical central CFE-CGC au sein de Conforama.

La crise implique un certain nombre de difficultés pour les enseignes. Cela fait plusieurs semaines que Conforama tente d’obtenir un prêt garanti par l’État (PGE). En vain. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Dès le début de la crise, Conforama avait besoin d’un prêt garanti par l’État. Deux mois de fermeture représente une perte d’environ 300 millions d’euros de CA. Nous avons demandé 322 millions d’euros de PGE, correspondant à ce manque de CA. Rapidement, au fil des négociations, nous nous sommes aperçus que parmi les quatre banques autour de la table, la BNP Paribas faisait de la résistance. Nous ne comprenions pas pourquoi car nous sommes éligibles au PGE et la direction a tous les documents prouvant cette éligibilité. Conforama n’est pas une entreprise en difficultés, contrairement à ce qui est dit dans la presse. Depuis l’année dernière, l’enseigne s’est restructurée et les comptes étaient bons à la veille de la crise du Covid-19. Nous avons juste besoin de trésorerie pour tenir et relancer l’activité.

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Paralèllement, Conforama a reçu une offre de But pour reprendre une cinquantaine de magasins. En quoi cela est lié à la résistance de BNP Paribas ?

Au fur et à mesure, la direction de Conforama a commencé à comprendre ce qui poussait la BNP Paribas à ne pas suivre les autres acteurs pour l’obtention du PGE. Il y a dix jours, une offre de rachat de 50 magasins est revenue sur la table de la part de But. Le lien a rapidement été fait puisque la famille Lutz, acteur germano-autrichien détenant But, est l’un des clients de la BNP Paribas. Vendredi 15 mai, tout le monde était réuni pour la finalisation de l’obtention du PGE dont notamment le Crédit du Nord, LCL et HSBC qui ont déjà validé leurs investissements, l’État qui a porté sa garantie à 90 % et la direction de Conforama. Le représentant de la BNP Paribas, qui devait également être présent, ne s’est pas présenté et nous avons compris qu’il y avait un gros problème. Notre direction a réuni les organisations syndicales en urgence, vendredi soir à 23 heures, pour nous dire que la situation est grave. Nous avons décidé de médiatiser l’affaire. Depuis, la BNP Paribas est sorti du bois et a indiqué qu’elle était prête à nous suivre si nous faisions entrer un nouvel actionnaire. Clairement, la banque met en avant les intérêts de son client, or le PGE ne sert pas à cela !

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En quoi la proposition de But n’est-elle pas une nouveauté ? Pourquoi n’est-elle pas pérenne selon vous ?

Il y a un an, déjà, But avait proposé de racheter une cinquantaine de magasins Conforama. Notre direction ne souhaitant pas vendre en scission, elle a clairement fait comprendre que : soit But reprenait l’ensemble de la société, soit rien du tout. Clairement, cette solution de reprendre qu’une partie du parc n’est pas viable. D’abord parce que 90 magasins Conforama sont implantés sur les mêmes zones que des unités But. Donc, à terme, il y aura forcément des fermetures tant du côté de Conforama que de But. Un rapprochement entre les deux enseignes serait véritablement fatal pour les deux enseignes. Ensuite, nous estimons que le PGE est la solution la plus pérenne pour l’entreprise. Tout simplement parce que depuis le plan de restructuration, la société se redresse. L’arrivée fin 2019 de Marc Ténart, un ancien de Castorama, a été bénéfique. Nous dégagions de la trésorerie. Les créanciers de Conforama ont par ailleurs fait un effort majeur l’année dernière en prêtant 200 millions d’euros pour sauver la marque. De ce que nous savons, les négociations ont abouti positivement pour reporter les remboursements de ce prêt en 2026 et ces mêmes créanciers sont prêts à réinjecter 100 millions d’euros si nous obtenons le PGE. Cela signifie qu’ils y croient et que Conforama a un bel avenir ! Dans ce contexte, nous ne comprenons donc pas pourquoi un concurrent vient semer la panique !

Pourquoi ne pas solliciter une autre banque que BNP Paribas ?

Tout simplement car nous n’avons plus le temps ! Ce sont des dossiers lourds à instruite, et BNP Paribas a fait clairement traîner les choses depuis le début des négociations…

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Qu’attendez-vous du gouvernement dans cette situation ?

Nous avons interpellé le ministre de l’Économie et nous attendons qu’il mette BNP Paribas devant ses obligations. Il ne faut pas oublier que cette banque a été sauvée par l’argent de l’État en 2008… Nous sommes inquiets quand nous entendons que Bruno Le Maire pourrait dégainer la “disposition William Saurin” [disposition qui permet de passer outre l’Autorité de la Concurrence pour valider ce rachat, ndlr.]. En cas de force majeure, nous savons que le ministre pourrait dégainer cette clause mais ce n’est pas la solution, ni pour Conforama, ni pour But.

Aujourd’hui, combien de magasins ont rouvert ?

Sur environ 200 magasins, seulement une vingtaine de points de vente sont en train de redémarrer. Nous ne pouvons pas faire tourner les magasins, nous n’avons plus d’argent et nous sommes suspendus à l’obtention du PGE. Nous avons la trésorerie nécessaire pour payer les salaires jusqu’en juin et les fournisseurs ne sont plus payés depuis le début du Covid-19. La situation est grave et la direction est au pied du mur. La seule solution viable pour la pérennité de l’enseigne et de l’emploi reste donc le PGE !

Camille Boulate

Camille Boulate


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