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Affaire Stéphane Plaza : les franchisés qui veulent quitter le réseau « se considèrent comme des victimes collatérales »

C’est une affaire dont on n’a pas fini d’entendre parler. Depuis que le célèbre agent immobilier, et animateur de plusieurs émissions sur M6, fait l’objet d’accusations de violences conjugales, des franchisés Stéphane Plaza souhaitent mettre fin à leur contrat, certains dénonçant des problèmes de longue date au sein du réseau d'agences immobilières éponyme. Décryptage.

[Mise à jour du 18/02/2025] Stéphane Plaza a été condamné par le tribunal de Paris à 12 mois d’emprisonnement avec sursis pour violences conjugales. Une décision qui pourrait plaider en la faveur des franchisés qui souhaitent quitter l’enseigne ? « Il n’y aura rien d’automatique, réagit l’avocate Sarah Laassir, spécialisée en droit immobilier et qui conseille des franchisés Stéphane Plaza Immobilier désirant sortir du réseau. Ces franchisés attendent désormais une réaction du franchiseur. »

D’autres franchisés pourraient aussi manifester leur volonté de partir suite à ce verdict. « Je suis approchée par des franchisés qui attendaient d’avoir le délibéré. Pas pour savoir si Stéphane Plaza était coupable, mais pour voir si cela allait initier une prise de position du franchiseur. Il est encore trop tôt pour le dire ».

Lancé en 2015, le réseau Stéphane Plaza Immobilier comptait en 2023 près de 700 agences, dont 672 franchisées. Aujourd’hui, au moins une dizaine de franchisés ont contacté l’avocate Sarah Laassir, spécialisée en droit immobilier, afin de trouver une solution pour quitter l’enseigne. « Ils se considèrent comme des victimes collatérales et souhaitent s’en dissocier », explique-t-elle. Il est cependant difficile de mesurer l’impact de l’affaire judiciaire de l’animateur sur les agences. « Prouver que le nom de Stéphane Plaza a entraîné une baisse de chiffre d’affaires, c’est le plus compliqué, estime Me Valentin Simonnet, qui a été contacté par une trentaine de franchisés Stéphane Plaza Immobilier souhaitant sortir du réseau. Mais on peut se baser sur le fait que plusieurs indépendants, dans des lieux différents, et qui ne se connaissent pas, vivent la même chose ».

Les franchisés qui rencontrent des difficultés depuis l’affaire de Stéphane Plaza déplorent aujourd’hui une inversion de l’image du présentateur de M6, qui était l’un des animateurs préférés des Français. « Mes clients m’expliquent avoir rejoint un réseau de franchise en raison de la marque portant le nom de Monsieur Stéphane Plaza, explique Sarah Laassir. Ils cherchaient à bénéficier de la notoriété associée à ce nom, ainsi que de sa forte visibilité médiatique. Cependant, ces atouts, qui constituaient des arguments majeurs à l’origine, se retournent aujourd’hui contre eux. »

Pour certains, les conséquences de la crise médiatique et du procès actuellement en cours sont très concrètes. « Nous sommes impactés depuis l’été dernier, nous confie Amélie (le prénom a été modifié), une franchisée de l’enseigne depuis 2017. Des clients nous ont appelés pour retirer des mandats. Il y a eu un amalgame entre Stéphane Plaza et les agences. » Elle raconte avoir été agressée verbalement par un homme qui l’a vue sortir d’une voiture portant le logo de l’agence. « Vous n’avez pas honte de rouler dans cette voiture ! », lui aurait-il assené. « On a reçu beaucoup d’injures. J’ai perdu cinq négociateurs depuis début 2024, poursuit-elle. Et, à côté, on a l’impression que la franchise pense que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ils nous disent de faire le dos rond et que cela va passer, que c’est le marché. »

« Faire l’autruche n’a servi à rien »

Depuis la révélation de l’affaire, Stéphane Plaza Immobilier n’a pas communiqué directement auprès du grand public, et ne l’aurait pas fait davantage avec ses franchisés. « Ils auraient dû communiquer, pour dire aux gens de ne pas tout mélanger, se désole Amélie. Faire l’autruche n’a servi à rien, auprès du grand public comme avec nous. » Après avoir contacté le réseau pour lui exprimer ses difficultés, elle nous raconte que des réunions en visioconférences ont été prévues avec d’autres franchisés. « Le réseau nous a annoncé qu’ils allaient faire de nouveaux films publicitaires et des conventions. Mais ce n’est pas la priorité. »

Face à cette crise, certains franchisés ont demandé à pouvoir sortir du réseau. Une demande que l’enseigne a systématiquement refusée aux clients de Me Valentin Simonnet. « Ils font face à une véritable hémorragie au sein de leurs équipes, avec des négociateurs qui quittent l’agence, souvent confrontés aux questions ou remarques concernant l’affaire impliquant Monsieur Stéphane Plaza, poursuit Sarah Laassir. Bien entendu, cette situation n’est peut-être pas représentative de l’ensemble des franchisés du réseau, mais elle illustre les difficultés rencontrées par certains d’entre eux. »

Amélie concède, elle aussi, que sa situation ne reflète pas forcément celle de tous les franchisés. « Pour aller dans leur sens, j’ai vu une agence sur Le Havre, elle n’a eu aucun souci, personne ne lui enlève de mandats. Je pense que cela dépend des régions. Mais, pour nous, c’est une accumulation de faits. On n’a plus la niaque de se battre pour des gens qui ne se battent pas pour nous. » Elle précise néanmoins que le réseau a fait une remise sur les redevances mensuelles. Un geste loin d’être suffisant selon Maître Simonnet : « Pour certains franchisés, la réalité, c’est la liquidation judiciaire à la fin du mois. Ils sont hors sol. »

La franchisée cherche aujourd’hui à quitter le réseau, sans avoir à assumer les frais de dédommagement que lui demande l’enseigne. « On parle d’environ 44 000 euros. J’ai déjà perdu 250 000 euros de trésorerie en deux ans », déplore-t-elle.

Des problèmes de longue date

Ce n’est pas la première fois que des franchisés se plaignent publiquement de la gestion du réseau. En novembre 2023, un article du Figaro Immobilier rapportait les témoignages de franchisés en colère contre l’enseigne suite à la plainte déposée contre Stéphane Plaza : « La direction nous a dit: “Vous n’êtes au courant de rien, occupez-vous de vos vendeurs, ça va vite passer.” C’est dire l’intérêt qu’ils ont pour nous. On est dégoûtés!», peut-on lire, ou encore : « De l’extérieur, ça tourne bien mais à l’intérieur, c’est une coquille vide! Les franchisés se débrouillent seuls, généralement à cinq employés, pas plus, confie un ancien franchisé qui a travaillé pendant quatre ans au sein du réseau éponyme. En réalité, c’est une machine à cash ! ».

Amélie témoigne d’un sentiment similaire. Selon elle, il y a eu un basculement en 2019, au décès de Bernard de Crémiers, l’un des associés de Stéphane Plaza Immobilier : « J’ai observé un vrai changement depuis ce moment-là. Le côté humain a complètement disparu. » Aujourd’hui, elle dit ne plus être en adéquation avec les valeurs du groupe.

Quel avenir pour le réseau ?

Le réseau peut-il sortir de l’impasse ? Une hypothèse a été mise sur la table, celle du changement de nom. « Le réseau s’est structuré et développé autour du nom de Stéphane Plaza, ce qui en fait un cas inédit, assure Sarah Laassir. Ce réseau, qui s’est déployé de manière très rapide, bénéficie d’une forte visibilité grâce à une publicité constante sur M6. À ce jour, la jurisprudence n’a jamais eu à se prononcer sur une situation de ce type, ce qui soulève des questions juridiques nouvelles et complexes. »

Pour Me Valentin Simonnet, « la gestion et l’exécution de la franchise aujourd’hui ne correspondent plus à ce qu’elle était, c’est ce qui justifie une résiliation du contrat de franchise. La position du réseau est très simple, c’est de dire ‘je ne dois rien aux franchisés, je ne me suis pas engagé envers eux au niveau de la marque’. Pour moi, cela pose un vrai problème, car le contrat de franchise auquel ils ont souscrit n’est plus le même aujourd’hui. Mais j’ai tout à fait conscience que c’est un point qui est discuté. »

18 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende ont été requis contre Stéphane Plaza. La décision du tribunal correctionnel de Paris a été mise en délibéré au 18 février. Cette décision est attendue par les franchisés qui souhaitent mettre fin à leur contrat, car elle pourrait changer la donne. « Ma position a toujours été claire : la décision pénale sera la juge de paix, déclare Maître Simmonet. S’il n’est pas condamné, ce n’est pas le tribunal médiatique qui doit être le fondement d’une action civile ou judiciaire. S’il est condamné, cela vient confirmer que les franchisés ont le droit de résilier le contrat. Les conditions d’exécution du contrat ne pourront plus continuer comme elles étaient. »

Sollicité par mail, le réseau n’a pas souhaité répondre à nos demandes d’interview. Pour les franchisés qui souhaitent sortir du réseau, des nombreuses questions restent aujourd’hui. « Quid du changement de nom ? Quid également de l’obligation d’assistance du franchiseur face à une crise médiatique de cette ampleur ? Toutes ces interrogations demeurent en suspens », conclut l’avocate spécialisée en droit immobilier.

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