C’est en 1992, dans le Nord-Pas-de-Calais, que le premier centre a vu le jour. Sous l’impulsion du franco-britannique Guillaume Devred-Smith, Les Petits Bilingues est né de la conviction que les enfants apprennent une langue étrangère naturellement en immersion. « Et notamment lorsqu’ils ne se rendent pas compte qu’ils apprennent, c’est-à-dire en jouant et en parlant à quelqu’un dont c’est la langue maternelle », précise Christine Leguern-Prigent, directrice déléguée du réseau depuis 2023.
La méthode repose donc sur une immersion totale dans la langue, structurée autour de contenus pédagogiques modulaires. « Nous avons des briques (grammaire, vocabulaire, jeu) et avec ces briques, nous construisons des parcours à l’infini », explique-t-elle. Une standardisation qui permet au franchiseur de garantir une homogénéité du concept. Au fil des années, le réseau s’est progressivement étendu dans le Nord de la France, puis à Paris dans les années 2000. On retrouve aujourd’hui des centres dans tout l’Hexagone. L’enseigne accompagne 15 000 enfants, forme 1 500 adultes et s’appuie sur 450 collaborateurs de plus de 60 nationalités.
De l’artisanat pédagogique à un réseau structuré
Ouvert à la franchise en 2007, le réseau a longtemps fonctionné avec une organisation artisanale. En 2009, Frédéric Ballner, entrepreneur et docteur en pharmacie, reprend progressivement les rênes. Passé ensuite par le groupe Yves Rocher, aux côtés de deux associés, ce dirigeant apporte une lecture nouvelle du concept. « Ils arrivent chez Les Petits Bilingues et ne trouvent pas complètement ce qu’ils appellent un savoir-faire de franchiseur », raconte la directrice déléguée. Le trio décide alors de faire évoluer le modèle en profondeur, en transposant une logique issue de l’industrie pharmaceutique à la pédagogie.
Les ateliers sont ainsi découpés en unités pédagogiques élémentaires, combinant grammaire, vocabulaire et jeux, qui peuvent ensuite être assemblées selon l’âge des enfants et les formats proposés. « Ils étaient capables de certifier qu’il se passait exactement la même chose dans le centre de Grenoble, qu’à Rennes et à Paris 13. Cela matérialise le savoir-faire. »
Ce modèle a suscité l’intérêt du groupe Oui Care pour le réseau en 2023. « Je pense que nous avons été contactés pour cette reprise car nous avons des activités de service à la personne, et que le cédant avait repéré notre grande expertise de franchiseur avec les marques O2 et APEF. » En rejoignant Oui Care, l’enseigne Les Petits Bilingues change d’échelle, tout en conservant son ADN. « Nous avons amené notre expertise de franchiseur, des fonctions support, un peu plus de rigueur, mais sans perdre le rêve et l’imaginaire », résume-t-elle.
Multi-franchisée historique du réseau, Shaké Manoukian, installée à Grenoble depuis 2008, a connu cette période de construction progressive. « Le réseau de franchise venait juste de se lancer quand je suis arrivée, il n’y avait pas beaucoup de structures. Nous avons grandi ensemble », raconte-t-elle. Aujourd’hui à la tête de quatre centres, elle a été attentive à la reprise par le groupe spécialisé dans les services à la personne. « Ils ne sont pas arrivés en disant ‘on sait faire, on va tout changer’. Ils ont pris le temps de comprendre le réseau, de venir dans les centres, de nous écouter, souligne Shaké Manoukian. Nous avons un très bon accompagnement aujourd’hui. »
Un concept multiservices
Si le cœur historique du réseau reste l’enfant, de 1 à 14 ans, Les Petits Bilingues a progressivement élargi son spectre aux adultes, aux interventions en écoles, à la garde d’enfants bilingues ou encore aux cours à domicile. « Nous avons une multiplicité d’offres qui permet presque toujours de trouver une solution à la demande », explique Alexandra Prévost, franchisée depuis 2015, aujourd’hui multi-franchisée à Pessac et Mérignac. Un atout stratégique, mais aussi une source de complexité. « Nous sommes sur beaucoup de marchés différents, avec des modes opératoires différents. Pour quelqu’un qui commence, c’est un vrai challenge », reconnaît Shaké Manoukian.
Pour Alexandra Prévost, cette diversité est pourtant la clé de l’équilibre économique. « Un centre qui se concentre uniquement sur les ateliers sur place, ce n’est pas suffisant. Ce qui fait la rentabilité, c’est le multiservices : les écoles, la garde d’enfants, et l’adulte, qui devraient représenter au moins un tiers du chiffre d’affaires. » Si elle n’avait pas initialement ciblé ce secteur, Céline De Araujo, franchisée depuis octobre 2025, explique avoir trouvé un fort alignement avec son parcours : « J’ai fait des études pour devenir professeur des écoles, mais je ne me suis pas reconnue dans un système trop rigide […] Avec Les Petits Bilingues, j’ai eu le sentiment de revenir à mes fondamentaux : travailler avec des enfants, leur faire découvrir une langue, une culture, tout en m’appuyant sur une pédagogie éprouvée. »
Depuis 2023, la tête de réseau a fait de la performance économique des franchisés une priorité. « Nous avons retravaillé les tableaux de bord, la lecture des résultats, et on a vu les résultats d’exploitation bondir chez certains franchisés, allant de +60 % à +120 % de croissance », affirme Christine Leguern-Prigent. En 2024, le chiffre d’affaires global du réseau progresse de 12 %. « L’enjeu était d’apprendre aux franchisés à se donner les moyens de grandir », précise-t-elle.
Enjeux de recrutement et attentes clients en mutation
Interrogées sur les défis du métier, les franchisées convergent sur deux sujets clés : l’implantation et les ressources humaines. « Un des défis importants pour moi, c’est de trouver la bonne implantation », explique Alexandra Prévost. Selon elle, le choix du local conditionne à la fois le recrutement des professeurs et l’accessibilité pour les familles : « Il faut trouver des centres qui sont bien desservis par les transports en commun, parce que les professeurs ne sont pas toujours véhiculés, mais aussi des lieux facilement accessibles en voiture pour les familles ».
Multi-franchisée en région bordelaise, Alexandra Prévost s’appuie sur une expérience très concrète du terrain. « Un centre qui est moyennement implanté peut avoir des barrières naturelles, auxquelles on n’a pas forcément pensé, qui vont faire que la limitation du développement va vite arriver », rappelle-t-elle. Après plusieurs années d’exploitation, elle a fait le choix de fermer son centre de Bordeaux, qui avait, selon elle, « atteint ses limites en termes de développement », pour concentrer son activité sur des implantations plus adaptées à son modèle. Aujourd’hui, elle exploite deux centres à Pessac et Mérignac, et a même récemment regroupé deux sites dans un local plus grand.
À l’instar de ses collègues, Céline De Araujo appelle à la prudence et à la préparation. « Il faut prendre le temps de la réflexion, notamment sur l’implantation », conseille-t-elle. Pour la suite, elle envisage une montée en puissance progressive : « Si tout se passe bien, l’objectif est d’ouvrir un second centre en 2026, mais j’avance étape par étape ».
Côté RH, les contraintes sont inhérentes au secteur. « Nous travaillons avec des personnes à temps partiel, des personnes étrangères également. Le turnover fait partie des réalités », observe Shaké Manoukian. Après plus de quinze ans d’activité, elle observe une évolution nette des comportements des familles : « Nous sommes davantage sur de la consommation courte, de la découverte, et un peu moins sur de l’engagement à long terme. Ce n’est pas spécifique à l’anglais, c’est la vie de famille qui a changé. » Un mouvement auquel le réseau tente de s’adapter, sans renoncer à ses exigences pédagogiques. « Nous proposons plus d’offres découvertes, mais on ne cache pas que pour avoir des résultats, il faut s’inscrire dans la durée », souligne-t-elle.
Profils recherchés et perspectives de développement
Si le réseau attire majoritairement des femmes entrepreneures (9 franchisés sur 10 sont des femmes), les profils sont variés. « On retrouve des teachers, qui sont soit professeurs d’anglais, soit issus d’expériences d’enseignement à l’étranger. Il y a également des reconversions plus classiques, ainsi que des retours d’expatriation. Dans tous les cas, il y a toujours un intérêt particulier pour la langue anglaise », résume la directrice déléguée des Petits Bilingues.
Pour soutenir son développement, l’enseigne a également diversifié ses formats contractuels, avec de la micro-franchise, monocentre, ou multi-centres, afin de s’adapter à des capacités d’investissement différentes. À moyen terme, Les Petits Bilingues visent une centaine de centres à cinq ans, avec des zones prioritaires comme Lyon, Toulouse, Lille, Strasbourg, Nice et plusieurs opportunités en région parisienne. Une expansion internationale en master-franchise est également à l’étude.
Allez plus loin
Lisez la suite de ce dossier dans L’Officiel de la Franchise n°256 de février-mars 2026.