Avec 22,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 2,1 milliards de repas servis en 2025, la restauration rapide reste le moteur de la restauration commerciale en France, selon l’étude Speak Snacking 2026, réalisée avec Strateg’eat. Elle représente 37 % du chiffre d’affaires et 57 % des prestations au total.
Toujours d’après cette récente étude, présentée à l’approche du salon Snack Show, la pizza domine largement les préférences des Français, avec 47 % des consommateurs, devant le burger (31 %) et le sandwich (25 %). Ces segments restent en effet majeurs, avec 1,2 milliard de pizzas consommées en France en 2025 et 1,4 milliard de burgers, selon Gira.
Derrière ce trio, le classement met en évidence un retour des produits simples et accessibles comme : le kebab (25 %), les plats traditionnels (24 %), les pâtes (20 %), puis des formats pratiques comme les croque-monsieur, les quiches, les salades ou les paninis – tous entre 17 % et 19 %.
Le burger, de produit roi à vulnérable
Longtemps considéré comme intouchable, le burger montre aujourd’hui ses limites. Il recule en effet de 7 % par rapport à 2023. « C’est une alerte très sérieuse, car même les enseignes comme Burger King et McDonald’s sont touchées », souligne Bernard Boutboul, président de Gira.
D’après lui, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce retournement. D’abord, une saturation de l’offre. Du fast-food aux brasseries, en passant par certains restaurants gastronomiques, le produit s’est généralisé. « On peut se demander aujourd’hui qui ne vend pas de burger, poursuit l’expert. Ensuite, il est possible qu’on se lasse. Cela fait quand même onze ans que le burger surfe sur des croissances à deux chiffres. »
Mais surtout, le burger est désormais attaqué de toutes parts. « Il est concurrencé par des produits qui arrivent sur le marché. Je pense au poulet frit, qui fait un carton, et au crousty (plat d’inspiration thaïlandais composé de riz et de poulet frit ou pané avec de la sauce, ndlr) qui est en train de s’envoler », indique-t-il. Les chiffres sont en effet éloquents. Gira estime la progression du poulet frit à plus de 60 % en volume en deux ans, et +80 % pour le crousty. Des croissances fulgurantes, inédites à cette échelle. « On n’a jamais vu des croissances comme cela. Même le burger n’a pas eu ces croissances en l’espace de deux ans. »
La pizza, une domination difficile à contester
À l’inverse, la pizza affiche une relative stabilité, avec +1 % en volume par rapport à 2023 et +16 % par rapport à 2021. « Elle résiste superbement bien, observe Bernard Boutboul. Nous détenons quasiment le record du monde d’absorption de pizza par habitant ».
Pour l’expert, son principal atout tient à une concurrence limitée. « La pizza n’a pas beaucoup de concurrents qui l’embêtent, là où le burger doit composer avec une multitude d’alternatives ».
Elle bénéficie aussi d’un avantage logistique important. « C’est le produit le plus livré, et largement. C’est également l’un des rares produits facilement transportables et réchauffables. » Un avantage clé dans un marché où la livraison de pizza pèse de plus en plus, avec un panier moyen de 14,50 euros, contre 12,41 euros sur place*.
Le prix, devenu critère numéro un
Au-delà des produits, c’est le contexte économique qui redessine le marché. En raison de l’inflation, la hausse des prix est généralisée (13,24 euros en moyenne pour une pizza, 12,90 euros pour un burger*) et pèse directement sur les comportements, compris des plus gourmands.
« Le prix est le premier critère de choix aujourd’hui, tranche Bernard Boutboul. Nous avons un gros problème de pouvoir d’achat actuellement. » Selon Speak Snacking, le budget hebdomadaire moyen consacré au snacking atteint 36,90 euros.
Dans ce contexte, les offres à bas prix explosent. Mais, cette stratégie a un coût. « C’est très mauvais pour la rentabilité des restaurants », estime Bernard Boutboul. Il existe cependant des produits plus rentables que d’autres. « Le sandwich, la crêpe et la pizza sont largement en tête. Ce sont des produits à base de pâte, de blé et de pain. »
Face à ces tensions, certains acteurs ont tenté, à l’inverse, de monter en gamme. Une stratégie que l’expert juge aujourd’hui inefficace : « Au pays de la gastronomie, premiumiser la restauration rapide ne fonctionne pas. »
Entre la hausse des coûts des matières premières et de l’énergie, et l’impossibilité d’augmenter les prix sans perdre en fréquentation, les marges se réduisent. « Ce que je dis aux restaurateurs, c’est que je pense qu’il va falloir s’habituer à faire du chiffre d’affaires en gagnant moins d’argent », termine-t-il.
*Indices Pizza et Burger 2025 – Gira.