Angélina et Georges Dones, franchisés La Mie Câline
« Depuis le Covid, nous sommes moins sereins »
Passés d’indépendants à franchisés en novembre 2007, Angélina et Georges Dones ont fait prospérer leur entreprise à Challans (Vendée) pendant des années. Le couple a même ouvert un second point de vente La Mie Câline en février 2012 dans la région. Ces commerçants ont été touchés de plein fouet par le premier confinement, déclaré le 16 mars 2020.
« Nous avons très mal vécu cette période, raconte Angélina Dones. Nous sommes restés ouverts sur nos deux points de vente pendant le confinement, avec le stress que cela comporte. Celui des équipes, des clients, la contrainte de ne pas savoir où l’on va et le danger de rester ouvert. D’un autre côté, les clients avaient besoin de nous. Pour la pérennité de notre entreprise, on ne se voyait pas fermer totalement. Cela a été compliqué à gérer, tant humainement que psychologiquement. »
Ces franchisés ont pu compter sur le réseau qui n’a pas tardé à réagir. « Dès le lendemain, une cellule de crise a été mise en place, poursuit-elle. Il y avait des visioconférences toutes les semaines pour répondre aux questions des franchisés et faire le point, ainsi qu’un accompagnement sur la mise en place du chômage partiel. C’est aussi la force d’un réseau ». Les franchisés La Mie Câline ont également pu compter sur la fermeture des restaurants, qui leur a permis de capter une clientèle importante le midi. « Cela nous a bien aidés, confirme Georges Dones, qui raconte avoir mis du temps à retrouver une activité normale. Il a fallu une bonne année pour retrouver un rythme de croisière. »
Le couple explique avoir gardé certaines habitudes héritées de cette période, cinq ans plus tard. « Par exemple, un salarié un peu malade va porter un masque, chose que nous n’aurions jamais faite avant, poursuit Angélina Dones, avant de conclure : Depuis le Covid, nous sommes moins sereins. Il faut en permanence se réinventer, car rien n’est jamais acquis. »
Arnaud Clément, franchisé Laforêt
« Nous avons fait une vente dès le 12 mai 2020 »
En 2020, Arnaud Clément, alors négociateur dans l’immobilier depuis 10 ans, a l’opportunité de reprendre une agence Laforêt dans laquelle il travaille. Avec son associé, ils reprennent la tête de deux agences en franchise, à Pontault-Combault et Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), en pleine pandémie. « La période du Covid a été très bizarre, car le marché avait été hyper dynamique avant, avec des taux extrêmement bas. La période de confinement a été un point d’interrogation pour tout le monde. Étant en phase de reprise, nous ne savions pas ce qui nous attendrait à la sortie du Covid », raconte Arnaud Clément.
Finalement, l’activité a très vite repris pour le duo. « Nous avons dû sortir du confinement le 11 mai et faire une vente dès le 12 mai. Il y avait vraiment une attente, et il fallait répondre à ce besoin. Certains cherchaient à avoir un extérieur par exemple. Paris a pu être davantage impacté, mais en petite couronne et grande couronne, cela allait. » Arnaud Clément témoigne de l’importance du soutien dans un réseau dans cette période incertaine. « Clairement, c’est l’avantage d’être dans un réseau. Ils nous ont mâché le travail et nous ont accompagnés tout au long », précise-t-il.
Il a pu compter également sur les innovations technologiques comme la signature électronique ou les visites virtuelles. « Nous avions déjà la signature électronique avant le Covid, cela nous a énormément aidés, et la mise en place des visites virtuelles est arrivée. Cela a peut-être bien fonctionné à Paris, mais chez nous, ce n’était pas dans les habitudes de nos acheteurs. La visite virtuelle était plus une pré-visite, détaille-t-il. Aujourd’hui, la signature électronique est encore partout. »
Finalement, pour le franchisé Laforêt, la crise du Covid a eu bien moins d’impact que celle du logement qui sévit depuis 2023. « Après le confinement, les prix ont explosé avec des taux très bas. On rentrait des biens et on les vendait tout de suite. Puis les taux sont passés de 1,20 % à presque 5 %, raconte-t-il. Le taux d’usure était tellement haut que nous avons perdu des acquéreurs. Ils ont perdu 25 à 30 % de pouvoir d’achat si je me souviens bien […] Cela a enrayé le marché, qui se débloque depuis peu dans l’ancien. Finalement, les meilleures années ont été celles juste après le Covid, où nous avons atteint entre 1,1 et 1,2 million de transactions en France, alors qu’on effleure les 800 000 cette année », conclut-il.
Morgane Grattesac, franchisée La Cabane d’Achille & Camille
« C’est l’année où j’ai été la plus rentable »
Ancienne commerciale reconvertie en gestionnaire de micro-crèches, Morgane Grattesac est à la tête de 5 établissements sous la franchise La Cabane d’Achille & Camille. En 2020, elle gérait deux micro-crèches dans la métropole de Nantes, proches l’une de l’autre, qu’elle a pris la décision de fermer peu après l’annonce du confinement. « Il y a eu des demandes contradictoires de la part du gouvernement, explique-t-elle. D’abord, on nous a demandé de fermer, puis d’ouvrir pour le personnel prioritaire, mais nous n’en avions pas parmi nos clients parents. Ensuite, ils nous ont demandé d’ouvrir à la place des crèches municipales. Quasiment tout le monde a refusé, car c’était de leur ressort. Pendant une semaine, nous étions dans un entre-deux, et nous avons finalement fermé. »
Un moment particulièrement stressant pour cette franchisée qui se voyait déjà mettre la clé sous la porte. « C’est là où je me suis dit qu’il y avait un énorme avantage à être en franchise. Si je m’étais retrouvée seule, j’aurais paniqué. C’était très compliqué, poursuit-elle. Les franchiseurs ont tout de suite organisé des visioconférences, nous ont envoyé des messages, nous parlions beaucoup. Ils se sont mis en contact avec des cabinets comptables, nous avions donc les bonnes informations tout de suite. Ils nous envoyaient des tableaux pour tout ce qui était chômage partiel également. Je me suis sentie très soutenue. »
Pour Morgane Grattesac, la première difficulté a été financière, avec un arrêt des facturations aux familles dès la fermeture. « Il n’y a donc plus du tout de chiffre d’affaires. Cela a aussi été difficile pour les salariés, qui se sont retrouvés sans emploi. Il y a eu heureusement le chômage partiel, je trouve que cela s’est bien mis en place, c’était assez rapide. » A la sortie du confinement début mai, une première structure a rouvert ses portes pour accueillir les enfants de parents qui ont repris une activité normale. « J’ai laissé une partie de mon équipe en chômage partiel, et on tournait, explique-t-elle. Puis 15 jours plus tard, on a rouvert la deuxième crèche. Nous avons donc retrouvé quasiment immédiatement une activité normale. »
De cette période, cette multi franchisée a gardé certaines pratiques, comme la mise à disposition d’un uniforme pour ses équipes. « Il y a eu beaucoup de contraintes au niveau sanitaire, mais deux choses sont restées depuis : la transmission individuelle le matin et le soir, qui permet aux parents de nous parler davantage, et une tenue de travail professionnelle. C’est très confortable, on peut venir au travail en robe blanche et repartir avec, sans avoir du vomi sur l’épaule, plaisante-t-elle. Et cela fait plus professionnel, les parents l’ont remarqué aussi. »
Cinq ans après, Morgane Grattesac tire un bilan plutôt positif de cette période, qui n’a pas beaucoup affecté son activité et son développement. « Cette année a été celle où j’ai été la plus rentable. Nous avons eu tellement d’aides du gouvernement que cela m’a servi. Evidemment, nous avons fait moins de chiffre d’affaires, mais plus de rentabilité ». Cela s’explique par son modèle économique, qui repose principalement sur les salariés. « Dans mon activité, la plus grosse charge, c’est le salaire. Et je suis sur des petits salaires, je n’ai pas eu besoin de faire de complément ou de maintien, le chômage partiel a pris le relais, détaille-t-elle, avant de conclure : Mais j’aimerais bien que cela ne recommence pas ! »