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Santé mentale des dirigeants : l’épuisement gagne du terrain

Après des années de résilience face aux crises, les chefs d’entreprise voient leur santé physique et psychologique se dégrader. Le dernier baromètre de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et Bpifrance Le Lab dresse un constat préoccupant, entre troubles anxieux, renoncements aux soins et addictions trop souvent taboues.

A la lecture de cette étude, on retient d’abord une hausse spectaculaire des troubles physiques ou psychologiques (+11 pts en un an et + 20 pts depuis 2021). Ce sont désormais 82 % des dirigeants qui se sentent concernés par ces troubles. On estime que 85 % d’entre eux se sentent en bonne santé physique, contre 90 % en 2024. Les principales affections sont liées au mal de dos (52 %), aux troubles du sommeil (48 %, +11 pts en un an) et à l’anxiété (48 %).

« Alors qu’ils font preuve d’une force de résilience absolument remarquable depuis la Covid, les femmes et hommes dirigeants montrent de premiers signes d’essoufflement », indique Sylvie Bonello, déléguée générale de la Fondation MMA Entrepreneurs du Futur. Cette dégradation n’épargne aucun secteur d’activité, mais des disparités sont observées. Les agriculteurs sont les plus durement touchés par les troubles physiques et psychologiques (91 %), contre 88 % pour les dirigeants du secteur de la santé et du social. Dans le secteur public, cela atteint 77 % des dirigeants, contre 78 % dans les transports.

Un stress lié au secteur et à l’actionnariat

La proportion de dirigeants se disant en bonne forme mentale tombe à 68 %, contre 76 à 80 % ces dernières années. Concrètement, un dirigeant sur trois (32 %) se dit en mauvaise forme psychologique. Des disparités existent néanmoins selon les secteurs d’activité. Par exemple, dans les services aux particuliers, 39 % des dirigeants souffrent psychologiquement, contre 25 % dans l’industrie. D’autres facteurs entrent également en jeu, comme l’actionnariat. Les dirigeants possédant 100 % du capital de leur entreprise sont davantage concernés par ces troubles (37 %) que les non-actionnaires (22 %).

L’étude révèle également que plus l’entreprise est ancienne, plus la santé psychologique se détériore. Parmi ceux qui dirigent depuis 15 à 20 ans, 35 % se disent en difficulté, contre seulement 17 % des dirigeants d’entreprises créées depuis moins de 3 ans. Un phénomène qui interroge sur la fatigue mentale qui s’installe au fil des années.

Le renoncement aux soins reste massif

L’étude s’est notamment penchée sur les consommations à risque d’alcool, tabac, drogues et médicaments chez les dirigeants. Il en ressort que près d’un dirigeant sur quatre (23 %) présente une consommation à risque : alcool excessif, tabagisme quotidien, consommation régulière de stupéfiants ou usage fréquent de médicaments psychotropes.

Près de 25 % des dirigeants indiquent avoir souffert ou souffrir d’une addiction. Pourtant, seul un tiers d’entre eux a cherché de l’aide. La plupart ont préféré affronter la situation seuls, parfois par crainte d’être jugés ou de fragiliser leur entreprise. Parmi ceux qui se sont fait accompagner, 74 % se sont tournés vers un professionnel de santé.

Malgré cette dégradation, le recours aux soins médicaux progresse peu. Un dirigeant sur dix (11 %) ne consulte jamais de médecin, un chiffre qui monte à 18 % dans l’hôtellerie-restauration. Par ailleurs, 34 % des sondés ont annulé un rendez-vous médical dans l’année, principalement par manque de temps ou pour privilégier leur activité. Cette tendance alimente un cercle vicieux : moins de suivi médical, moins de prévention et, à terme, une santé encore plus fragilisée.

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